Dictionnaire du Cinéma 2001Éd. 2001
A

ASTAIRE (Frederick Austerlitz, dit Fred) (suite)

La troisième période est essentiellement celle de la MGM, si l'on ne tient pas compte des adieux au film musical que constitue la Vallée du bonheur, ni de quelques rôles dans des films non musicaux (le seul qui mérite d'être rappelé reste le diplomate décontracté de l'Inquiétante Dame en noir). En 1944, Arthur Freed engage Astaire, qui danse dans Ziegfeld Follies, puis dans Yolanda et le voleur des numéros pleins de nouveauté. Les films qu'il tourne alors sous la direction de Walters lui offrent ses meilleurs rôles de comédien et contiennent des danses fort variées, parfois appuyées sur des trucages. Les solos de Parade de printemps et de la Belle de New York comptent parmi les mieux construits. Ceux de Mariage royal (la danse au plafond) et de Drôle de frimousse (la corrida sans taureau) donnent la mesure de son imagination gestuelle, tandis que, dans la Belle de New York, une danse d'une admirable simplicité lui offre l'occasion de définir son art poétique. Des duos lui permettent de retrouver Ginger Rogers (Entrons dans la danse) mais surtout de mettre en valeur, par sa retenue et sa rigueur, la souplesse de Cyd Charisse (Tous en scène, la Belle de Moscou). Tous en scène est d'ailleurs un véritable hommage à sa figure et lui permet de montrer toutes ses possibilités. Car, ce qui étonne dans ces derniers films, c'est la souplesse et l'exactitude avec laquelle Astaire se prête aux exigences de chorégraphes aussi résolument modernes que Kidd ou Loring, dont les grands numéros l'incitent à trouver dans son langage chorégraphique des formes nouvelles, dans son corps des images inédites.

Ce n'est pas que le style d'Astaire ait changé. Nul plus que lui n'a été fidèle à lui-même. Il ne compose guère d'autre rôle que celui d'un danseur de claquettes, plus très jeune, un peu petit, un peu chauve. Sa danse restera toujours maîtrisée. Il chantera avec facilité et précision, mais à mi-voix, avec un phrasé délicat, sans trace de passion. Le personnage garde donc une parfaite unité. Mais il se révèle beaucoup moins étroit qu'on n'y a sans doute pensé dans les années les moins fécondes de sa carrière. Avec des règles chorégraphiques parfaitement déterminées, il reste en effet toujours attentif à l'espace, aux objets et à sa partenaire (qu'elle se nomme Ginger Rogers, Lucille Bremer, Rita Hayworth, Eleanor Powell, Judy Garland ou Cyd Charisse) : il invente toujours.

Films  :

le Tourbillon de la danse (Dancing Lady, R. Z. Leonard, 1933) ; Carioca (Flying Down to Rio, Thornton Freeland, id.) ; la Joyeuse Divorcée (M. Sandrich, 1934) ; Roberta (W. Seiter, 1935) ; le Danseur du dessus (Sandrich, id.) ; En suivant la flotte (id., 1936) ; Sur les ailes de la danse (G. Stevens, id.) ; l'Entreprenant Monsieur Petrov (Sandrich, 1937) ; Demoiselle en détresse (Stevens, id.) ; Amanda (Sandrich, 1938) ; la Grande Farandole (H. C. Potter, 1939) ; Broadway qui danse (N. Taurog, 1940) ; Swing Romance (Second Chorus [Potter], 1941) ; L'amour vient en dansant (You'll Never Get Rich, Sidney Lanfield, id.) ; L'amour chante et danse (Sandrich, 1942) ; Ô toi, ma charmante (W. Seiter, id.) ; l'Aventure inoubliable (The Sky's the Limit, Edward H. Griffith, 1943) ; Yolanda et le voleur (V. Minnelli, 1945) ; Ziegfeld Follies (id., 1946) ; la Mélodie du bonheur (S. Heisler, id.) ; Parade de printemps (Ch. Walters, 1948) ; Entrons dans la danse (id., 1949) ; Trois Petits Mots (Three Little Words, R. Thorpe, 1950) ; Maman est à la page (Let's Dance, N. McLeod, id.) ; Mariage royal (S. Donen, 1951) ; la Belle de New York (Walters, 1952) ; Tous en scène (Minnelli, 1953) ; Papa longues jambes (J. Negulesco, 1955) ; Drôle de frimousse (Donen, 1957) ; la Belle de Moscou (R. Mamoulian, id.) ; le Dernier Rivage (S. Kramer, 1959) ; Mon séducteur de père (The Pleasure of His Company, G. Seaton, 1961) ; l'Inquiétante Dame en noir (R. Quine, 1962) ; la Vallée du bonheur (F. F. Coppola, 1968) ; Midas Run (Alf Kjellin, 1969) ; la Tour infernale (J. Guillermin, 1974) ; Hollywood Hollywood (G. Kelly, 1976) ; The Amazing Dobermans (Byron Shudnow, 1977) ; Un taxi mauve (Y. Boisset, id.) ; le Fantôme de Milburn (Ghost Story, John Irvin, 1981).

ASTHER (Nils)

acteur américain d'origine suédoise (Copenhague, Danemark, 1897 - Stockholm 1981).

Il débute au Danemark et en Suède, puis va à Hollywood, via l'Allemagne et l'Angleterre. À la MGM, il joue avec Lon Chaney (Ris donc, paillasse, H. Brenon, 1928), avec Joan Crawford (les Nouvelles Vierges, H. Beaumont, id.), ou avec Greta Garbo (The Single Standard, J. S. Robertson, 1929). Sa création la plus mémorable est celle de l'énigmatique seigneur de la guerre dans le Thé amer du général Yen (F. Capra, 1933). Sa carrière décroît ensuite, et après quelques films bon marché dont les meilleurs sont Barbe-Bleue (E. G. Ulmer, 1944) et le Sérum de longue vie (Man in Half Moon Street, Ralph Murphy, id.), il subsiste en acceptant n'importe quel métier.

ASTI (Adriana)

actrice italienne (Milan 1933).

Sa carrière théâtrale, commencée en 1951, est parallèle à celle que lui vaut sa voix chaude et moelleuse dans le doublage de vedettes hollywoodiennes. Visconti lui donne son premier rôle cinématographique dans Rocco et ses frères (1960) ; après des apparitions dans Accattone (P. P. Pasolini, 1961) et le Désordre (F. Brusati, 1962), elle interprète la troublante tante du jeune protagoniste de Prima della rivoluzione (B. Bertolucci, 1964). Souvent mal utilisée (comédies érotiques), elle sait créer des personnages ambigus : par exemple, dans le Fantôme de la liberté (L. Buñuel, 1974) ou même dans Caligula (T. Brass, 1980). On la retrouve dans les années 90 au générique de films tels Una vita non violenta (D. Emmer, 1999), mais aussi de différentes productions françaises comme le Cri de la soie (Y. Marciano, 1996), Mange ta soupe (M. Amalric, 1997), ou Nag la bombe (J.-L. Milesi, 1999).

ASTIGMATISME.

Une des aberrations susceptibles d'affecter l'image fournie par un objectif. ( OBJECTIFS.)

ASTOR (Rolande Risterucci, dite Junie)

actrice française (Marseille 1911 - Sainte-Magnance 1967).

Longue fille flexible à la chevelure lourde et aux yeux troublants, elle prend plaisir à incarner des personnages pervers ; l'un d'eux lui vaut en 1937 le prix Suzanne-Bianchetti (Club de femmes, de Jacques Deval). Sa diction sèche la sert au mieux : Adrienne Lecouvreur (M. L'Herbier, 1938), l'Éternel Retour (J. Delannoy, 1943). Un rôle comique (Adémaï aviateur, J. Tarride, 1934), quelques espionnes au grand cœur et la vertueuse épouse de Du Guesclin (Bertrand de La Tour, 1949). Elle est émouvante dans les Bas-Fonds (J. Renoir, 1937), mais l'après-guerre la néglige et, devenue exploitante de salle, elle fonde l'Astor sur les Grands Boulevards à Paris et assure la direction du Rio-Opéra. Elle trouve la mort dans un accident de voiture.