Dictionnaire de la Littérature 2001Éd. 2001
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Fenoglio (Beppe)

Écrivain italien (Alba 1922 – Turin 1963).

Ayant toujours vécu dans sa région natale, où il était employé dans une exploitation vinicole, sa vie n'a pas été très mouvementée. Toutefois, ses intérêts littéraires dépassent largement ce cadre provincial : ses œuvres montrent des références à Conrad, Melville, T. E. Lawrence, Shakespeare et en général à toute la culture anglo-saxonne. Ce qui fait aussi la particularité de son style. De facture néoréaliste (les Vingt-Trois Jours de la ville d'Alba, 1952 ; le Mauvais Sort, 1954), son œuvre, largement autobiographique, constitue un des plus précieux témoignages littéraires sur la Résistance italienne. Fenoglio n'est pas tant intéressé par les couleurs idéologiques de la lutte de libération, que par les questions existentielles qu'elle met en jeu. Ceci se vérifie dans le Printemps du guerrier (1959), mais surtout dans ses œuvres posthumes, Une affaire personnelle et autres récits (1963) et la Guerre sur les collines (1968), dans lesquelles la lutte antifasciste trouve sa vérité moins dans un héroïsme figé que dans un engagement antirhétorique, plus proche des véritables choix de vie.

Feraoun (Mouloud)

Écrivain algérien de langue française (Tizi Hibel, Grande Kabylie, 1913 - El Biar, Alger, 1962).

Fils de paysans, instituteur, il fut le témoin de sa société et de son temps dans des romans qui traitent de la vie dans un village de Kabylie : le Fils du pauvre (1950), récit de sa vie d'écolier et de collégien en Kabylie, avant son départ pour l'École normale ; la Terre et le Sang (1953), récit de la vie des émigrés en France et le retour de l'un d'eux avec une Française au village natal ; les Chemins qui montent (1957). Son Journal (1962) est un document impressionnant sur la guerre d'Algérie. Ses Lettres à ses amis (1969) aident à comprendre cet homme « au-dessus des haines », qui mourut assassiné par le terrorisme de l'O.A.S.

Ferdowsi
ou Firdousi

Poète persan (près de Tous, Khorasan, v. 932 – id. v. 1020).

Issu d'une famille de petits propriétaires terriens, il mit trente-cinq ans à composer une fresque grandiose de l'Iran préislamique, une épopée de plus de 60 000 vers, le Chah-namè (le Livre des rois), qu'il offrit au sultan Mahmoud de Ghazna. Mais celui-ci, Turc et sunnite, accueillit fraîchement cette œuvre tout à la gloire de l'Iran, qui maltraitait les Turcs. Dans une première partie, l'œuvre de Firdousi évoque les rois mythiques en lutte contre les forces du mal et le partage du monde entre les trois fils de Faridoun : les deux aînés assassinent le plus jeune, qui a reçu l'Iran en partage. Une seconde partie décrit l'opposition de la civilisation nomade des steppes (Touran) et de la culture sédentaire des hauts plateaux (Iran), et campe les figures des rois Siyavosh et Key-Khosrow, du héros Rostam et du prophète Zarathoustra. Une troisième partie, plus historique, traite de la période hellénistique (Alexandre) et sassanide jusqu'à l'invasion arabe. Épisodes guerriers et descriptions lyriques composent, en une langue qui s'est autant que possible dégagée de tout emprunt à l'arabe, une épopée de la justice incarnée dans des souverains marqués du signe divin et dont l'action est d'autant plus courageuse qu'elle s'exerce dans un monde sur lequel pèse une implacable fatalité.

Ferlinghetti (Lawrence)

Écrivain américain (New York 1919).

Figure de la San Francisco Renaissance et de la Beat Generation, il fonde une librairie, Citylights, où ont lieu de nombreuses lectures, et édite Ginsberg, Gregory Corso, Denise Levertov. Son œuvre poétique, de Images d'un monde révolu (1955) à Œil ouvert, cœur ouvert (1973), se caractérise par le rythme de l'écriture, la saisie des objets américains et l'usage du vernaculaire (Un Coney Island de l'âme, 1958 ; En partant de San Francisco, 1961). Son imaginaire, proche de celui de Whitman, fait de chaque paysage un paysage humain et chaotique. Un roman, la Quatrième Personne du singulier (1960), des essais (Discussions partiales avec l'existence, 1962) et un long poème (Après les cris des oiseaux, 1967) traduisent la vocation expérimentale de l'œuvre (Vie infinie : vie choisie, 1981).

Fernán González (Poème de)
(Poema de Fernán González)

Poème espagnol anonyme composé par un moine de San Pedro de Arlanza peu après 1250, contant l'histoire des derniers rois wisigoths, l'invasion musulmane, les débuts de la Reconquête et les faits du comte Fernán González présenté comme le héros libérateur, précurseur providentiel des rois de Castille. Le poème fut incorporé à la Chronique générale (XIIIe s.). Il existe dans le Romancero un cycle de Fernán González. Le personnage inspirera Lope de Vega et Rojas Zorrilla.

Fernandez (Dominique)

Écrivain français (Neuilly-sur-Seine 1929).

Passionné par le Sud et l'Italie (Mère Méditerranée, 1965 ; Porporino ou le Mystère de Naples, 1974 ; le Voyage d'Italie, dictionnaire amoureux, 1998), « psychobiographe » de Pavese (l'Échec de Pavese, 1967) et de Pasolini (Dans la main de l'ange, 1982), il fait de l'homosexualité (l'Étoile rose, 1977) une base de la liberté moderne ; le Rapt de Ganymède (1989) évoque une « culture homosexuelle », et la Gloire du paria (1987), le sida. Il est l'auteur de nombreux ouvrages d'art illustrés de photographies de Ferrante Ferranti (le Banquet des anges, 1984 ; le Musée d'Émile Zola, 1997).

Fernández de Lizardi (José Joaquín)

Écrivain mexicain (Mexico 1776 – id. 1827).

Son pseudonyme (le Penseur mexicain) est aussi le titre du périodique qu'il créa en 1812 et dans lequel il se livra à une activité de polémiste vigoureux et redouté. Patriote convaincu et franc-maçon, il écrit plusieurs romans didactiques dont El periquillo Sarniento (1816), tableau de la société mexicaine à la veille de l'indépendance, coupé de nombreuses digressions morales, proche du roman picaresque et considéré comme le premier roman de l'Amérique latine.

Fernández de Moratin (Leandro) , dit Moratín le Jeune

Auteur dramatique espagnol (Madrid 1760 – Paris 1828).

Fils de Nicolás Fernández de Moratín, il fit jouer sa première pièce, le Vieillard et la jeune fille grâce à la protection de Godoy (1790). Ses comédies suivantes, brillantes et bien faites, témoignent de l'influence de Molière. Citons le Café ou la comédie nouvelle (1792), une satire des mœurs littéraire du temps, et surtout le Oui des jeunes filles (1801), comédie de mœurs dans laquelle Moratín critique l'éducation donnée dans les couvents aux jeunes filles et s'élève contre le mariage imposé par l'autorité paternelle. Rallié au roi Joseph, il fut, au retour de Ferdinand VII, emprisonné, puis autorisé à s'exiler. Traducteur de l'Hamlet (1798) de Shakespeare, de l'École des maris (1812) et du Médecin malgré lui (1814) de Molière, critique (les Origines du théâtre espagnol, 1838), Moratín fut, malgré son goût étroitement classique, le restaurateur du théâtre espagnol.