Dictionnaire de la Peinture 2003Éd. 2003
H

Haen (David de)
ou David de Haan

Peintre néerlandais ( ? v.  1585  – Rome 1622).

Il partit très jeune pour l'Italie et y resta toute sa vie. Il travailla aux côtés de Baburen (Dérision du Christ, chapelle de la Pietà, Rome, San Pietro in Montorio, vers 1617-1620), comme lui, dans la manière caravagesque. Outre l'œuvre citée et une Mise au tombeau (détruite, autrefois au musée de Berlin), aucune peinture ne peut lui être attribuée avec certitude.

Haes (Carlos de)

Peintre espagnol d'origine belge (Bruxelles 1826, 1827 ou 1829  – Madrid 1898).

Fils d'un banquier belge d'origine hollandaise qui, ayant fait banqueroute à Bruxelles, s'établit comme commerçant à Málaga, le jeune Carlos y reçut les leçons d'un peintre et miniaturiste canariote, Luis de la Cruz y Rios. Il termina ses études en Belgique avec Quiniaux.

   Revenu en Espagne et naturalisé, il devint en 1857 professeur de paysage à l'école des Beaux-Arts de Madrid et en 1860 membre de l'Académie de San Fernando. Paysagiste à la mode des années 80, dans le Madrid de la restauration monarchique, il eut une production considérable qui peut être évaluée à quatre mille toiles ou études.

   Sa peinture marque une réaction contre le paysage romantique et pittoresque, dont Perez Villaamil avait été pendant de longues années l'incarnation. Plus lourde et sombre, elle introduit en Espagne l'atmosphère des peintres de Barbizon et des paysagistes hollandais — avec une précision un peu sèche, presque de géologue ou de naturaliste, dans l'étude des rochers, des arbres, des plantes. Haes a senti l'Espagne verte et brumeuse des monts Cantabriques, des sommets découpés émergeant des nuages, des pâturages et des forêts (Pics d'Europe, 1876, Madrid, Casón). Introducteur du réalisme dans le paysage, rénovateur du genre dans l'esprit de la génération de 98, il eut pour élèves les créateurs du paysage " moderne ", Aureliano de Beruete, Dario de Regoyos et Agustín Riancho.

Haider (Karl)

Peintre allemand (Neuhausen, près de Munich,  1846  – Schliersee  1912).

Il fréquenta l'Académie de Munich de 1861 à 1865 et conçut pour Holbein une vive admiration. Dans le choix de ses thèmes, consacrés au paysage et aux gens du peuple, il demeure fidèle à sa Haute-Bavière natale sans tomber, toutefois, dans l'anecdote folklorique. Proche du réalisme et du cercle de Leibl (Der neue Stutzen, 1880, Dresde, Gg), il s'attache cependant, contrairement à ce dernier, à rendre l'" ambiance psychologique ", se rapprochant ainsi davantage de son ami Ludwig Thoma (Die Moni, 1883, Coire, Suisse, canton des Grisons, coll. part. ; Jeune Fille à la fenêtre, 1888, Munich, Neue Pin.). Au cours d'un séjour à Florence, il fait la connaissance de Arnold Böcklin, dont l'influence se fera jour dans son œuvre tardive, empreinte d'un symbolisme néo-romantique (Charon, 1902 ; Burg Arco, 1904, coll. part.).

   Son style, qui présente maint point commun avec l'Art nouveau, s'inspire des maîtres de la Renaissance nordique, dont Haider adopte, avec une saveur quelque peu naïve, la rigueur de composition, la précision du graphisme et la rudesse du modelé (Autoportrait, 1875, Munich, Städtische Galerie). Ses chefs-d'œuvre sont les panoramas stylisés des années 90 (Munich, Neue Pin. ; musées de Mannheim, de Karlsruhe, d'Essen), dont le plus significatif est un paysage conçu uniquement dans un plan horizontal (Au-dessus de tous les sommets, le calme, 1908, Vienne, Österr. Gal.). Il exposa avec la Sécession en 1890 et à l'Exposition universelle de Paris en 1900.

Hains (Raymond)

Peintre français (Saint-Brieuc 1926-Paris 2005).

Plasticien non conformiste tout au long de son activité, Raymond Hains, après des études à l'école des Beaux-Arts de Rennes, où il se lie avec La Villeglé, entreprend ses premières investigations artistiques dans le domaine de la photographie, produisant dès 1947 une série de photos abstraites où il cherche à traduire l'idée du mouvement en prenant des vues d'objets à travers un objectif cannelé qu'il a mis au point. Il en résulte une image éclatée, répétitive et rythmée qui rompt avec la vision traditionnelle (exposition des " Photographies hypnagogiques " chez Colette Allendy, Paris, 1949). Sur ce principe de la destruction de l'unité formelle de l'objet, Hains réalise un film d'animation, Pénélope, en collaboration avec Jacques de La Villeglé. Dès 1949, il découvre le potentiel plastique des affiches lacérées placardées sur les murs et les palissades. Il y trouve à l'état brut ce qu'il tente de reconstituer par la photographie : des compositions abstraites, dynamiques et discontinues. Il en collecte un grand nombre, qu'il découpe directement ou prélève avec leur support, les sélectionnant suivant un cadrage photographique ou selon leur impact expressif. En 1957, il présente à Paris avec La Villeglé une exposition d'affiches lacérées intitulée " Loi du 29 juillet 1881 ", laquelle sera suivie de la présentation de la Palissade des emplacements réservés à la première Biennale de Paris. Il s'intéresse particulièrement aux affiches politiques, témoignage immédiat d'une réalité sociologique, constituant de 1949 à 1961 une importante série, la " France déchirée " (C'est ça le renouveau ?, 1959). À travers ce mode direct d'appropriation, il réalise la synthèse entre le ready-made de Duchamp et l'esthétique de l'Abstraction expressionniste, et pose les bases du Nouveau Réalisme, dont il est l'un des principaux instigateurs et représentants. Mais son œuvre dépasse largement le cadre de l'Affichisme. Lui-même se définit comme un " raccrocheur d'images ou un spéculateur d'art ". Au Salon Comparaison de 1963, il présente le Néo-Dada emballé ou l'Art de se tailler en palissade, cheval géant emballé sur une maquette de Christo, en hommage à Dada. Diverses expositions utilisent le même système de dérivation du sens et de jeu analogique qui ne cesse de combiner objets, noms de lieux et de personnes : Lapalissades (Paris, 1963), Matheymatics (Exposition 72 – 12 ans d'art contemporain, Grand Palais, Paris, 1972), Monochrome dans le métro (gal. Éric Fabre, Paris, 1983), montrant la reconstitution d'une station de métro avec des panneaux bleus et le logo des petits-beurre L.U. déformé, l'Hommage au marquis de Bièvres (Jouy-en-Josas, fondation Cartier, 1986). Le C. N. A. C., Paris, lui a consacré une grande exposition en 1976, intitulée par l'artiste " la Chasse au C. N. A. C. ". Les œuvres de Hains sont présentes dans de nombreux musées : Paris, M. N. A. M., M. A. M. de la Ville de Paris, Dole, Nice.