Dictionnaire de la Peinture 2003Éd. 2003
C

Cornelisz (les)

Famille de peintres néerlandais.

 
Pieter Cornelisz, dit Kunst (Leyde 1489  – 90 – id. 1560-61). Fils aîné de Cornelis Engebrechtsz, peintre verrier, il est cité à Leyde en 1514, en 1519 et encore en 1523 ; en 1530, il s'installa à Bruges avec son frère Cornelis Cornelisz. Selon Van Mander, il fut très lié avec Lucas de Leyde, notamment pendant la période où ce dernier apprenait à dessiner chez Engebrechtsz, et c'est à P. Cornelisz que Lucas serait redevable de son goût pour la peinture sur verre. De fait, on ne connaît de lui que des dessins — souvent préparatoires à des vitraux —, et les hypothèses d'Hoogewerff relatives à son éventuelle production picturale (sur laquelle un Van Mander reste d'ailleurs muet) sont inacceptables. Le style de l'artiste, invariable et minutieux, est empreint d'une vigueur un peu lourde, mais pleine de saveur narrative. Citons notamment la Visite des prisonniers (1524, British Museum), un Archer (Stockholm, Nm), Nourrir les affamés (1531, Rotterdam, B. V. B.). Le monogramme P.C. qu'on a longtemps pensé être le sien pourrait en réalité revenir à Pieter Hugenz Van Cloetinge. La personnalité des deux autres fils de Cornelis Engebrechtsz est beaucoup moins bien précisée, faute de documents sûrs, et a donné lieu à de fragiles et douteuses identifications (dues notamment à Beets, à Hoogewerff et à Pelinck).

 
Ainsi, Cornelis Cornelisz, dit aussi Cornelis Kunst (Leyde 1493 – id. 1544) , qui séjourna plusieurs années à Bruges comme drapier — ce qu'omet de préciser Van Mander —, s'est vu identifié (par Pelinck) avec le pseudo-Jan de Cock imaginé par Friedländer, lequel témoigne d'un " Maniérisme anversois " nettement plus ancien (v. 1510-1530). Au surplus, Van Mander définit Cornelis Kunst comme un excellent suiveur d'Engebrechtsz. Récemment, J. Bruyn a proposé, de façon assez séduisante, de lui attribuer le Portement de croix du musée de Douai, si remarquable par le style agité et le coloris brillant qui le situent dans le meilleur voisinage de Lucas de Leyde.

 
Lucas Cornelisz de Kock (" le Cuisinier ", ainsi appelé à cause de sa double profession) [Leyde 1495 – ?], l'autre frère de Cornelis Kunst et lui aussi élève de son père, Engebrechtsz, est non moins énigmatique. Actif peintre à l'huile et à l'aquarelle, on ne peut encore aujourd'hui lui attribuer une œuvre certaine et, ici encore, les tentatives de Beets et d'Hoogewerff (qui de plus le confond avec le Maître LCZ) pour l'identifier avec le pseudo-Jan de Cock ne sont pas convaincantes. D'après Van Mander, il alla travailler en Angleterre.

Cornelisz van Haarlem (Cornelis Cornelisz, dit)

Peintre néerlandais (Haarlem 1562  – id. 1638).

Il est, avec Van Mander et Hendrick Goltzius, l'un des plus brillants représentants du maniérisme haarlémois. Fils de Cornelis Thomasz, il est l'élève de Pieter Pietersz Aertsen à Haarlem en 1573 ; en 1579, il voyage en France, mais s'il reflétera l'influence de l'école de Fontainebleau, c'est par l'intermédiaire des gravures, car il n'a pas dépassé Rouen. À Anvers, il reste quelque temps dans l'atelier de Gillis Coignet. En 1582, il s'installe à Haarlem, au moment même de la grande poussée maniériste dont Spranger est l'instigateur : avec Goltzius le graveur et Van Mander le théoricien, il en constitue l'un des moteurs. Dès 1585, il commence à peindre ses premières œuvres ; c'est de cette époque que date la Charité (musée de Valenciennes), longuement décrite et louée par Van Mander, où son style souple est encore influencé par l'école de Fontainebleau. Une ou deux années plus tard commence sa période proprement maniériste, avec le Baptême du Christ (1588 Paris, Louvre), dont l'allongement, la tension et les poses recherchées des figures dépassent Spranger, qui inspirera Cornelisz. En 1589, il peint la Famille de Noé (musée de Quimper), surprenante étude de nus boursouflés parodiant la grande sculpture antique et, en particulier, l'Apollon du Belvédère. Le Massacre des Innocents (1591, Haarlem, musée Frans Hals) est le type même de la peinture maniériste, violente jusqu'à l'outrance, visant à créer un véritable choc visuel. De 1593 datent les Noces de Thétis et Pélée (Haarlem, musée Frans Hals), hommage à Spranger, mais aussi influencées par Abraham Bloemaert.

   Vers cette date, son style s'assagit et tend vers un académisme plus harmonieux, manifeste dans le Baptême du Christ (1593, musée d'Utrecht), où le calme formel et la gamme de couleurs à la vénitienne évoquent, par exemple, l'œuvre d'un Dirck Barendsz. On retrouve ce maniérisme apaisé dans la Bethsabée de 1594 (Rijksmuseum), une des œuvres maîtresses de l'artiste. En 1596, une curieuse Nature morte dans la cuisine (Linz, coll. part.) est à rapprocher d'Aertsen. La même année, il peint le Jardin d'amour (Berlin, château de Grünewald), composition sensuelle mais idéalisée, point de départ du style d'un Esaias Van de Velde et des peintres de la société galante de Haarlem et d'Amsterdam (Dirck Hals, Buytewech). Après 1600, il se plut à représenter maintes scènes de genre, mythologiques ou bibliques, caractérisées par des figures féminines et masculines aux visages ronds et aplatis, aux courbes onduleuses, se détachant à mi-corps sur fond sombre ou placées dans un paysage (Vénus et Adonis, 1614, musée de Caen ; la Corruption des hommes avant le Déluge, 1615, musée de Toulouse). Il continua aussi à exécuter des scènes religieuses comme le Christ et ses enfants (1633, Haarlem, musée Frans Hals) et des Assemblées de dieux et de déesses (Cérès, Bacchus, Vénus et l'Amour, 1624, musée de Lille).

Cornelisz Van Oostsanen (Jacob)
ou Jacob Cornelisz Van Amsterdam

Peintre et graveur néerlandais (Oostsanen, près d'Amsterdam, v.  1472/1477  – Amsterdam 1533).

Père de Dirck Jacobsz, Cornelisz Van Oostsanen, formé probablement à Haarlem, est l'un des meilleurs représentants de l'école d'Amsterdam de la première moitié du XVIe s. ; son œuvre daté s'étend de 1506 à 1533, et il est monogrammé de 1523 à 1533. Cornelisz s'établit en 1500 à Amsterdam ; il est le maître de Scorel de 1512 à 1517 ; en 1518, on le trouve mentionné à Alkmaar et c'est pourquoi il a parfois été identifié avec le Maître d'Alkmaar, sans que cette hypothèse convainque totalement.

   Ses premières œuvres, tel l'Homme de douleurs (v. 1510, Anvers, musée Mayer Van den Bergh), sont influencées par Gérard de Saint-Jean et par le Maître de la Légende de sainte Lucie. Graveur sur bois, il retient la leçon de Dürer, comme le montre la série de planches représentant la Passion du Christ (1512-1517). Ses premières œuvres de maturité sont surtout des portraits : Jan Gerritsz Van Egmond (v. 1516, Rijksmuseum), Deux Époux (Bruxelles, M. R. B. A.) et Augustin de Teylingen et Judeca Van Egmond Van de Nieuwburg (v. 1520, Rotterdam, B. V. B.). Cornelisz Van Oostsanen aborda aussi les thèmes religieux : le Calvaire (v. 1510, Amsterdam, Rijksmuseum), l'Adoration des Mages (1512, Naples, musée de Capodimonte), le Noli me tangere (musée de Kassel), l'Adoration des Mages (musée d'Utrecht) témoignent de son attachement à la tradition gothique et s'inscrivent dans le mouvement du premier maniérisme néerlandais, dérivé de Gérard de Saint-Jean et du Maître de la Crucifixion Figdor. La Salomé portant la tête de saint Jean-Baptiste (1524, Rijksmuseum) et Saül chez la pythonisse d'Endor (1526, id.) le montrent davantage imprégné d'italianisme.

   Jacob Cornelisz Van Oostsanen illustre le passage des formes gothiques, exaspérées en leur dernière phase, aux nouvelles formes issues de la Renaissance.

   Au début de sa carrière, l'artiste étirait exagérément les figures, cassait et froissait les vêtements ; ses œuvres de maturité, par l'alliance d'une certaine rigueur et d'un raffinement psychologique bien personnel, montrent comment il s'est finalement libéré de la tradition médiévale.