Dictionnaire de la Littérature 2001Éd. 2001
R

Reid (Victor Stafford)

Écrivain jamaïquain (Kingston 1913 – ? 1987).

Journaliste et homme d'affaires, auteur de récits pour enfants et d'une pièce de théâtre, « Vic » Reid mérite d'être cité pour ses romans. Avec New Day (1949), il innova en mêlant à la technique du flash-back des dialogues qui restituaient les cadences du parler populaire pour peindre les conflits sociaux suscités par la révolte de Morant Bay en 1865. Avec The Leopard (1958), il mêle les guérillas de libération mau-mau au Kenya et les croyances animistes d'un vengeur qui, poursuivant l'oppresseur blanc, se trouve lui-même poursuivi par le léopard du mal tapi dans son propre esprit. L'évocation du XVIIe s. à la Jamaïque, dans The Jamaicans (1976), contribue à rendre à un peuple qui s'est longtemps cru privé d'histoire le sens d'une continuité culturelle.

Reinhardt (Max Goldmann, dit Max)

Metteur en scène et directeur de théâtre autrichien (Baden 1873 – New York 1943).

D'abord acteur en Autriche, il est engagé par Otto Brahm au Deutsches Theater de Berlin ; ce sera le début d'une carrière exceptionnelle, du « Kabarett » berlinois  à la fondation du Festival de Salzbourg en 1920. « Magicien du théâtre », il plonge son public dans le rêve, l'illusion, le fascine par des décors fastueux et par ses jeux d'éclairage. Son projet – aux antipodes de Brecht – était de créer une communion totale entre la scène et le public.

Reisen (Avrom)

Écrivain de langue yiddish (Koidanov, Biélorussie, 1876 – New York 1953).

Il est un disciple de Peretz, et ses nouvelles sur la vie des plus humbles et ses poèmes, souvent transformés en chants de révolte, lui valent une grande popularité. Figure importante de la conférence de Tchernovtsy (1908), où le yiddish est reconnu comme langue nationale du peuple juif, il s'établit en Amérique en 1914. Ses Écrits réunis (New York 1930) comprennent 14 volumes.

Reizen (Zalman)
ou Zalman Reisen

Écrivain de langue yiddish (Koidanov, Biélorussie, 1887 – en U.R.S.S. 1941).

Établi à Vilna, où il dirige le quotidien Vilner Tog, il participe à la direction du YIVO et de ses éditions. Il est auteur d'un monumental Dictionnaire biographique de la littérature, de la presse et de la philologie yiddish (1926-1929).

Rekola (Mirkka)

Femme de lettres finlandaise (1931).

Elle a publié une quinzaine d'ouvrages depuis 1954, de la poésie et des aphorismes, et accompli également un travail de traduction (Shakespeare). Elle maîtrise la forme courte, qui lui donne l'occasion de surprendre, chaque phrase recelant une signification bien plus grande qu'au premier abord.

Relations des jésuites (les)

Rapports faits par les missionnaires jésuites en Nouvelle-France (Canada), publiés à Paris de 1632 à 1672. Ces 41 Relations ont eu pour auteurs les jésuites Paul Le Jeune, Barthélemy Vimont, Jérôme Lalemant, Paul Raguenau, Jean de Brébeuf, François Le Mercier, Jean de Quen, Claude Dablon. C'est la meilleure source de renseignements sur les débuts de l'histoire du Canada. L'observation des mœurs et des coutumes des Indiens en fait un grand document ethnographique.

Remarque (Erich Paul Kramer, dit Erich Maria)

Écrivain allemand (Osnabrück 1898 – Locarno 1970).

Engagé volontaire en 1916, blessé en 1918, il exerça divers métiers après la guerre avant de trouver sa voie dans le journalisme et la littérature. Son roman À l'Ouest rien de nouveau (1929) fut un succès mondial (traduit en 32 langues et adapté au cinéma dès 1930), mais il subit aussi de violentes attaques et fut interdit en Allemagne dès 1933. Tout comme l'Adieu aux armes d'Hemingway, paru la même année, ce roman veut témoigner pour cette « génération anéantie par la guerre, même si elle a échappé à ses obus ». Le héros, Paul Bäumler, passe directement des bancs de l'école à la caserne, puis au front, où il est tué dans une des dernières escarmouches. Confronté à la réalité de la guerre, il prend conscience du caractère mensonger des idéaux qu'on lui avait prêchés et découvre une fraternité des hommes par-delà les frontières. Exilé, Remarque vécut dès lors en Suisse et aux États-Unis. Son second très grand succès, Arc de triomphe (1946), se passe en 1938-1939 dans les milieux de l'émigration allemande à Paris. La plupart des romans de Remarque (Après, 1931 ; Trois Camarades, 1938 ; Un temps pour vivre, un temps pour mourir, 1954 ; l'Obélisque noir, 1956 ; le Ciel n'a pas de préférés, 1961) sont construits selon la recette du best-seller : des sujets brûlants, une intrigue à rebondissements et une bonne dose de sentimentalité.

Remizov (Alekseï Mikhaïlovitch)

Écrivain russe (Moscou 1877 – Paris 1957).

Fils de riches commerçants, il est déporté à la suite d'une manifestation et ne peut s'installer à Saint-Pétersbourg qu'en 1905. Il se lie aux symbolistes et publie sa première œuvre importante, l'Étang (1905-1908), sur le sort d'un fils de marchands. Il se consacre ensuite à des adaptations riches en archaïsmes et en anachronismes habilement calculés, de légendes populaires essentiellement bibliques (le Pré spirituel, 1907 ; le Cadran solaire, 1907), qui inspirent aussi sa pièce l'Œuvre du démon (1907). Son œuvre, influencée par celle de Leskov, ressuscite le langage et la mentalité de l'ancienne Russie, en des récits colorés d'un fantastique gogolien, dont on retrouve la marque dans un roman pétersbourgeois, Sœurs en croix (1910). Il voit dans la révolution « la ruine de la terre russe » (Dit de..., 1918) et émigre à Paris (1921), où il se tourne vers l'écriture autobiographique (la Russie dans la tourmente, 1927 ; les Yeux tondus, 1951).

Remouchamps (Édouard)

Dramaturge belge de langue wallonne (Liège 1836 – Grivegnée 1900).

Meunier de son état, mais adonné à la culture littéraire du dialecte qui jouissait d'une faveur accrue dans la Wallonie de la seconde moitié du XIXe siècle, il débuta par des tableaux de mœurs auxquels succéda, en 1885, une comédie-vaudeville en trois actes et en vers : Gautier le perruquier. La pièce – une satire du richard imaginaire – remporta un succès éclatant, à Liège d'abord, puis dans le reste du pays et jusqu'à Paris. Elle transposait le comique de situation en une peinture de caractères où la veine moliéresque se rencontrait avec le génie expressif du wallon. Grâce à Remouchamps, un type de comédie vériste naissait qui allait susciter d'innombrables vocations d'auteurs et donner au théâtre wallon la physionomie particulière qu'il conserva jusqu'au milieu du XXe s. L'influence de Remouchamps détermina en outre une prise de conscience plus affirmée du mouvement régionaliste wallon tout entier.