Dictionnaire de la Littérature 2001Éd. 2001
S

Suétone, en lat. Caius Suetonius Tranquillus

Historien latin (vers 75 – v. 160 apr. J.-C.).

Appartenant à l'ordre équestre, il dut à la protection de son ami Pline le Jeune d'être nommé par l'empereur Hadrien secrétaire chargé de la correspondance impériale et procurateur des bibliothèques publiques. Disgracié en 122, il fut écarté de la Cour. Il avait composé des opuscules sur de nombreux sujets (Sur les jeux des Grecs, Sur les jeux publics des Romains ; Sur l'ancienne Rome ; Sur les rois), ouvrages aujourd'hui disparus. De son De viris illustribus, imité par saint Jérôme, il ne reste que les vies de Térence et d'Horace, ainsi que les chapitres consacrés aux rhéteurs et aux grammairiens. Seule œuvre parvenue jusqu'à nous, les Vies des douze Césars, consacrées à la vie des Julio-Claudiens (livres I à VI), aux empereurs de l'année 69 (livre VII) et aux Flaviens (livre VIII), constituent un des premiers exemples de l'histoire anecdotique et érudite dont la mode commençait à se répandre au IIe s. Écrites toutes sur un plan type (famille, naissance et adolescence de l'empereur, puis son activité publique, sa vie privée et sa mort), bien documentées, en raison du libre accès de Suétone aux archives, certaines de ces biographies sont néanmoins d'une authenticité douteuse, d'autant plus que leur auteur, partisan de la noblesse sénatoriale, a noirci le portrait des empereurs adversaires du sénat.

Suidas (lexique de)

Lexique encyclopédique byzantin (Xe s.).

Le nom de ce lexique, la Souda, a longtemps fait croire à l'existence d'un auteur nommé Suidas. L'ouvrage contient, outre des éclaircissements lexicographiques, des notices biographiques et des fragments d'ouvrages grecs et latins aujourd'hui disparus.

Suisse

On parle en Suisse quatre langues : le français, l'allemand, l'italien et le romanche, et un grand nombre de dialectes français, franco-provençaux, alémaniques, italiens et rhéto-romans. Le français, l'allemand, l'italien et le romanche sont les langues nationales. Le domaine occupé par le français littéraire ou dialectal est délimité, à l'est, par une ligne qui part des sources de la Lucelle et passe à l'ouest de Laufon, suit la limite occidentale du canton de Soleure, descend jusqu'au lac de Bienne, longe le lac de Morat, traverse le canton de Fribourg, suit la frontière des cantons de Vaud et de Berne, coupe le Valais aux deux tiers, traverse le Rhône au-dessus de Sierre, et rejoint la frontière de l'Italie en passant par la Dent Blanche. L'italien et ses dialectes occupent le Tessin et trois vallées méridionales des Grisons. Les dialectes rhéto-romans forment plusieurs groupes sur le Rhin antérieur et postérieur, dans l'Engadine et dans la vallée de Müstair (Münster). L'alémanique et l'allemand sont parlés par plus de 70 % de la population, tandis que le français et le franco-provençal ne représentent que 22 %, l'italien 5,3 % et le rhéto-roman moins de 1 %.

La littérature de langue française

La Suisse française (ou Suisse romande), peuplée d'un million d'habitants, se compose de quatre cantons, ou États, entièrement francophones : Genève, Vaud, Neuchâtel et Jura, ainsi que de territoires incorporés à des cantons où une partie de la population s'exprime en allemand : Berne, Fribourg, Valais. Depuis le XVIe s., le protestantisme est la religion dominante dans les cantons de Genève et de Neuchâtel ; il l'est aujourd'hui également dans le canton de Vaud, cependant que les populations francophones des cantons de Fribourg et du Valais, comme celle du canton du Jura, sont catholiques.

   Au Moyen Âge, seules méritent d'être signalées en Suisse romande les poésies d'Othon de Grandson (1336-1397). C'est la Réforme qui donne à la Suisse romande ses premiers écrivains, et à la littérature qui y naît une orientation théologique, souvent moralisatrice, qui la caractérise encore partiellement de nos jours. Témoins de la Réforme, François de Bonnivard (1493-1570), premier en date des écrivains suisses-français, Jeanne de Jussie († v. 1611), A. Froment (1509-1581), M. Roset (1534-1613), Pierrefleur († 1579) s'en font les chroniqueurs. Parmi les réformateurs (Calvin, Farel, de Bèze), le Vaudois Pierre Viret (1511-1571) est le seul qui ne soit pas venu de France. Calvin fait de Genève la capitale du protestantisme de langue française.

   Après la Réforme, le XVIIe s. est singulièrement pauvre. En revanche, comme en Suisse allemande, un réveil se produit au XVIIIe, précédé par une nouvelle immigration de huguenots, chassés de France à la révocation de l'édit de Nantes. Des revues se fondent, la Bibliothèque italique puis le Mercure suisse, qui deviendra plus tard le Journal helvétique (1732-1782). C'est à Neuchâtel qu'on imprime les œuvres de d'Holbach, de Laclos et de Mirabeau. Les auteurs sont alors des érudits, des savants (J.-P. de Crousaz [1663-1750] ; A. Ruchat [1678-1750]) ou de grands jurisconsultes, théoriciens du droit naturel (J. de Barbeyrac [1674-1744], J.-J. Burlamaqui [1694-1748]). Le plus grand écrivain que la Suisse romande ait produit au XVIIIe s. est naturellement le Genevois J.-J. Rousseau, en qui l'esprit de ce pays s'incarne puissamment et s'universalise. Il faut cependant citer, à cette époque, le Bernois Béat Louis de Muralt (1665-1749), auteur des Lettres sur les Anglais, les Français et les voyages (1725) ; Charles Bonnet (1720-1793), philosophe et naturaliste genevois ; H.-B. de Saussure, explorateur du monde alpestre ; le doyen Bridel (1757-1845), créateur de l'« helvétisme » littéraire ; Mme de Charrière (1740-1805), d'origine hollandaise, première à avoir pratiqué sur place le roman.

   La Révolution française et ses conséquences susciteront une littérature politique et philosophique. Mme de Staël, fille de Necker née à Paris, et Benjamin Constant, Suisse devenu Français, regroupent à Coppet des écrivains venus de toute l'Europe, y compris le Genevois Sismondi (1773-1842) et le Bernois C. Victor de Bonsteten (1745-1832), qui écrivit en allemand avant de donner en français ses principaux ouvrages.

   Au XIXe s., on peut signaler, modestement, Imbert de Galloix, Alice de Chambrier et Louis Duchosal que son Livre de Thulé rendit célèbre. La plupart des écrivains sont des théologiens protestants, des philosophes, des pédagogues, des moralistes, des critiques, parmi lesquels Alexandre Vinet (1797-1847) exerce une influence durable. Le Genevois R. Toepffer (1799-1846), l'inventeur de la bande dessinée, dépense en composant ses albums des trésors d'ironie, d'humour et de malice. H. F. Amiel (1821-1881) donne dans son Journal intime un chef-d'œuvre d'analyse psychologique. Le Neuchâtelois Philippe Godet (1850-1922) écrira la première histoire littéraire de la Suisse romande, simultanément avec le Jurassien Virgile Rossel (1858-1933), auteur de la première Histoire de la littérature française hors de France (1895). À la fin du siècle, Victor Cherbuliez (1829-1889) se taille à Paris une réputation dans le roman cosmopolite, tandis qu'Édouard Rod (1857-1910) écrit des romans psychologiques, à thèse morale, qui l'apparentent à Paul Bourget. Une place à part revient au Fribourgeois E. Eggis (1830-1867), le seul romantique proprement dit issu de Suisse romande.

   Le début du XXe s. voit une renaissance des lettres par le canal de deux revues – la Voile latine et, dans une seconde étape, les Cahiers vaudois – orientées, la première vers la perfection de la forme, la seconde vers l'enracinement régional. À la même époque, René Morax (1873-1963) crée le théâtre du Jorat (1903), et les frères Cingria, Alexandre (1879-1945) et Charles-Albert (1883-1954), incarnent la tendance à l'universel ; en face d'eux, le protestant Robert de Traz (1884-1951) et le catholique Gonzague de Reynold (1880-1970) représentent un helvétisme qui ne leur interdira pas de jouer un rôle international, le premier par sa Revue de Genève, lorsque la Société des Nations s'installera dans cette ville, le second par son activité à la commission des relations culturelles de cette même Société des Nations et par son étude en sept volumes sur la Formation de l'Europe ; ils ouvrent ainsi la voie à Denis de Rougemont (né en 1906). Mais surtout, à leurs côtés, le grand écrivain qu'est Ramuz (1878-1947) renouvelle le roman en traduisant la sensibilité des vignerons vaudois et des montagnards valaisans et en reproduisant autant que possible les particularités de leur langage.

   Il fera école et tout ce qui a suivi, à commencer par son ami l'essayiste Edmond Gilliard (1875-1969), porte son empreinte : romanciers tels que Maurice Zermatten (né en 1910), Charles-François Landry (1909-1973), Emmanuel Buenzod (1893-1971), et poètes comme Gustave Roud (1897-1976), Philippe Jaccottet (né en 1929), Gilbert Trolliet (1907-1981), Claude Aubert (1915-1972), Pierrette Micheloud (né en 1920). Mais progressivement, dans les générations ultérieures, la production littéraire s'étoffe et se diversifie. Des romanciers tels que Léon Bopp (1896-1977), Monique Saint-Hélier (1881-1941), Clarisse Francillon (1899-1976), Jacques Mercanton (né en 1910) ou Georges Pirolié (né en 1920) se distinguent de l'influence ramuzienne. L'éventail de la poésie qui s'étendait du symboliste Henri Spiess (1876-1940) au néoclassique Pierre-Louis Matthey (1893-1970), en passant par Edmond-Henri Crisinel (1897-1948), Anne Perrier (née en 1922) ou Francis Giauque (1934-1965), au destin tragique, ne comprendra guère qu'un seul surréaliste, Vahé Godel (né en 1931), mais embrassera aussi des poètes engagés comme les Jurassiens Jean Cuttat (né en 1916), Tristan Solier (né en 1918), Alexandre Voisard (né en 1930). Plus traditionnellement, des romanciers tels que Jacques Chenevière (1886-1976), René Girard (1892-1956) et Alice Rivaz (né en 1921) décrivent les différents aspects de Genève, ou les tourments des consciences scrupuleuses, avec Georges Borgeaud (né en 1914), Georges Haldas (né en 1917), Jean-Claude Fontanet (né en 1925), Jean-Pierre Monnier (né en 1921), Roger Louis Junod (né en 1923), Catherine Colomb (1893-1965), mais il leur est arrivé, avec Yves Velan (né en 1925), d'utiliser les procédés du « nouveau roman », à la suite de Robert Pinget (né en 1919). L'émancipation du récit transforme ses normes avec Jean-Louis Cornuz (né en 1922), Jacques Chessex (né en 1934), Jean-Luc Benoziglio (né en 1941), Claude Delarue (né en 1944), Anne-Lise Grobéty (née en 1949), mélange les genres chez Maurice Chappaz (né en 1916), transpose l'action en des pays imaginaires avec Jean-Marc Lovay (né en 1948), y introduit le merveilleux avec les premiers romans de Daniel Odier (né en 1945), et l'on voit apparaître d'excellents conteurs tels Olivier Perrelet (né en 1944), Alexandre Voisard, Odette Renaud-Vernet (née en 1932) et, surtout, Corinna Bille (1912-1979). Albert Cohen (1895-1981) tient une place à part avec son œuvre, tout à la fois peinture réaliste et hymne à l'amour.

   Yves Velan, comme auparavant Ramuz, a écrit occasionnellement pour le théâtre, genre pratiqué par Charly Clerc (1882-1958), Bernard Liègme (né en 1927), créateur du Théâtre populaire romand, Walter Weideli, Henri Debhuë et Michel Viala. Marcel Raymond (1897-1981), avec De Baudelaire au surréalisme (1933), ouvrit des voies nouvelles à la critique littéraire, fondant l'« école de Genève » à laquelle appartiennent Jean Rousset (né en 1910) et Jean Starobinski (né en 1920). Proche de Marcel Raymond par l'esprit, Albert Béguin (1901-1957) a pratiqué une critique subjective qui porte ses meilleurs fruits dans l'Âme romantique et le Rêve (1937), comme dans les études consacrées à Pascal, à Nerval, à Balzac ou à Bernanos. La poésie a fait l'objet des essais de Pierre-Olivier Walzer (né en 1915) et de Marc Eigeldinger (né en 1917), poète lui-même.