Dictionnaire de la Littérature 2001Éd. 2001
D

Diabaté (Massa Makan)

Écrivain malien (Kita 1938 – Bamako 1988).

Ses romans (le Lieutenant de Kouta, 1979 ; le Coiffeur de Kouta, 1980 ; le Boucher de Kouta, 1982) font la chronique ironique de la vie d'un village malinké. Il s'inspire du koteba pour évoquer la circoncision dans Comme une piqûre de guêpe (1980) et reprend l'épopée de Soundjata dans le Lion à l'arc (1986).

Diamante (Juan Bautista)

Auteur dramatique espagnol (Madrid 1625 – id. 1687).

Écrivain fécond, disciple et épigone de Calderón, il imite à la fois Guillén de Castro et Corneille (le Cid) dans l'Homme qui honore son père (1658). Son œuvre la plus originale, la Juive de Tolède (1673), est un drame plein d'intensité et de poésie, dont il a pris le sujet à Antonio Mira de Amescua (1574-1644). On lui doit aussi des comédies (La valeur n'a pas d'âge).

Dias (Baltasar)

Écrivain portugais (Madère XVIe s.).

Son roman, Histoire de l'illustre Prince Claudiano, et ses drames religieux (Acte de sainte Catherine, Acte de la naissance du Christ), publiés grâce à Jean III, connurent un grand succès populaire.

Dias Gomes (Alfredo)

Écrivain brésilien (Salvador, Bahia, 1922 – São Paulo 1999).

Sa pièce principale, le Payeur de promesses (1960), ultérieurement adaptée pour le cinéma, montre un paysan en proie aux difficultés que soulève l'accomplissement d'un vœu religieux.

diatribe

Dans l'Antiquité et en un sens parfois repris par les érudits des XVIe et XVIIe s., c'est d'abord un écrit en forme de débat, puis une critique violente, le plus souvent sur un ton injurieux. En Grèce, la diatribe, à l'origine simple dialogue entre maître et disciple, devient dès le IIe s. av. J.-C. un genre littéraire complexe : elle est alors une forme populaire de prédication morale, pratiquée par les philosophes mendiants de l'école cynique. Prêchant le détachement, la soumission au sort, sans référence à aucune doctrine systématique, elle mêle à une rhétorique savante, héritée des sophistes, anecdotes édifiantes, fables allégoriques, sentences de personnages célèbres et, surtout, dialogues fictifs avec l'auditeur, en questions brèves et pressantes. La diatribe cynique connut une telle vogue jusqu'à la fin de l'Empire romain que Sénèque en adopta la forme dans ses traités de morale, et qu'elle marqua de son influence la prédication chrétienne. Aux XVIe et XVIIe s., le nom de diatribae est donné à des ouvrages de controverse littéraire ou théologique. Au sens moderne, le mot apparaît pour la première fois chez Voltaire (en 1734), qui le donna pour titre à plusieurs de ses opuscules (la Diatribe du docteur Akakia, contre Maupertuis, 1751).

Díaz del Castillo (Bernal)

Chroniqueur espagnol (Medina del Campo 1492 – Guatemala 1584).

Il accompagna Diego Velázquez à Cuba et Hernán Cortés au Mexique. Son Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle Espagne (imprimée après sa mort, 1632) est conçue comme une réplique à l'Histoire des Indes et de la conquête de México de Francisco López Gómara (1552) : écrite à l'emporte-pièce dans une langue savoureuse, elle est une remarquable évocation de Mexico et de l'épopée cortésienne.

Díaz Mirón (Salvador)

Poète mexicain (Veracruz 1853 – id. 1928).

Militant libéral exilé à Cuba, il dirigea El Imparcial (1913-1914). Ses premiers vers (Poésies, 1886) ont des accents hugoliens et byroniens. Puis il abandonna le style romantique et parnassien pour une poésie qu'il définit comme « mystérieuse et capricieuse, traitant la langue comme une maîtresse soumise ». Après son recueil prémoderniste Échardes (1901), où domine la recherche expressive, il renia sa production antérieure. Il mourut oublié, laissant une abondante œuvre inédite.

Dib (Mohammed)

Écrivain algérien de langue française (Tlemcen 1920-La Celle-Saint-Cloud 2003).

Sa trilogie « Algérie » (la Grande Maison, 1952 ; l'Incendie, 1954 ; le Métier à tisser, 1957) évoque les petites gens de Tlemcen sous la colonisation : misère, pauvreté, faim, militants traqués par la police. « Pourquoi ne se révoltent-ils pas ? », pense le jeune Omar devant les injustices ; les ouvriers agricoles déclenchent une grève et l'incendie ne s'arrêtera pas jusqu'à l'indépendance. La trilogie a été trop vite lue comme réaliste, alors que s'y profile déjà l'interrogation sur les pouvoirs de l'écriture qu'on peut considérer comme la ligne directrice de l'œuvre de Dib, à travers des « manières » et des époques différentes. Celle-ci évolue bientôt vers une prose plus dense, plus symbolique, onirique même (Qui se souvient de la mer, 1962 ; Cours sur la rive sauvage, 1964). La Danse du roi (1968) et son prolongement théâtral Mille Hourras pour une gueuse (1977), Dieu en Barbarie (1970) et le Maître de chasse (1973) portent sur l'Algérie de l'après-guerre un regard critique et grave. Réflexion métaphysique sur l'exil et la folie, Habel (1977) – dont le héros, chassé d'Algérie en Europe par son frère aîné, parcourt un itinéraire décapant d'émigration spirituelle – ouvre sur le cycle « nordique » (les Terrasses d'Orsol, 1985 ; le Sommeil d'Ève, 1989 ; Neiges de marbre, 1990 ; l'Infante maure, 1994 – parole de sagesse d'une enfant de parents séparés entre les brumes et les arbres de la Scandinavie où elle habite, et la dune du Sahara au pied de laquelle elle imagine son ancêtre paternel), où ces thèmes reparaissent, alors que les recueils de poèmes (Ombre gardienne, 1960 ; Formulaires, 1970 ; Omneros, 1975 ; Feu beau feu, 1979 ; l'Aube Ismaël, 1996 ; le Cœur insulaire, 2000) montrent bien qu'ils étaient dès les débuts au centre d'une œuvre exigeante dont la portée dépasse infiniment le cadre de la littérature algérienne ou maghrébine. Plus récemment, d'autres textes inclassables, comme le Désert sans détour (1992), Si Diable veut (1998), Comme un bruit d'abeilles (2001), sont au centre de ce qu'on pourrait appeler l'in-sensé de la violence dans notre présent à tous.

Dibil (Abu Ali Muhammad al-Khuzai)

Poète arabe (765 – 860).

Représentative des nouveaux courants culturels qui se font jour avec le califat abbasside de Bagdad, libre de ton, alerte et souvent osée, sa poésie marque la rupture avec les anciennes modes et annonce le « modernisme ».