Dictionnaire de la Littérature 2001Éd. 2001
D

Darqawi (Mawlay al-Arbi al-)

Fondateur d'une confrérie religieuse musulmane (Beni Zeroual, Maroc, 1749 – id. 1823).

Il a laissé des aphorismes d'une grande beauté et une tradition de rigorisme iconoclaste qui n'a pas été sans incidences sur les luttes anticoloniales au Maghreb.

Darrieussecq (Marie)

Romancière française (Bayonne 1969).

Truismes (1996), premier roman qui s'inscrit dans la tradition de la fable à travers la métamorphose de la narratrice en truie, rencontre un succès spectaculaire et controversé. Naissance des fantômes (1998) et le Mal de mer (1999) décrivent de manière à la fois clinique, fantastique et mélancolique la métamorphose de la réalité (paysages urbains ou bord de mer) sous l'effet de l'absence. Bref séjour chez les vivants (2001) plonge dans les cerveaux et les corps traversés de pensées, d'émotions, de bribes de discours parfois incohérents, d'une famille unie par un deuil. S'y affirme une écriture sans concessions, à la fois poétique et triviale, mélodramatique et cérébrale. Elle publie le Bébé en 2002.

D'Arrigo (Stefano)

Écrivain italien (Ali Marina, Messine, 1919 – Rome 1992).

L'expérience stylistique et la mythologie symboliste de son roman Horcynus Orca (1975) évoquent Gadda et Céline, Ulysse de Joyce et Moby Dick de Melville. En 1986, il fut le premier à recevoir le prix Elsa Morante pour Femme par magie (1985).

Darwich (Mahmud)

Poète palestinien (al-Birwa 1941).

Principal poète de la résistance, plusieurs fois emprisonné puis assigné à résidence à Haïfa, exilé en 1970, il a occupé des responsabilités importantes dans la Résistance. Au-delà de sa douleur personnelle, il incarne dans son œuvre le grand exil de tous les temps et évoque les problèmes éternels de l'oppression et du mépris de la condition humaine (Oiseaux sans ailes, 1960 ; Feuilles d'olivier, 1964 ; Au terme de la nuit, 1967 ; Ma bien-aimée se réveille, 1969 ; l'Écriture à la lumière du fusil, 1970 ; Noces, 1977 ; Plus rares sont les roses, 1986 ; Une mémoire pour l'oubli, 1987 ; Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?, 1995).

Darwin (Charles)

Naturaliste anglais (Shrewsbury, Shropshire, 1809 – Down, Kent, 1882).

Il alterne les récits de voyage (Zoologie du voyage du « Beagle », 1840-1843), les recherches techniques (Récifs de corail, 1842 ; la Fécondation des orchidées, 1862) et la méditation sur les espèces (l'Origine des espèces, 1859 ; la Descendance de l'homme et la sélection naturelle, 1871). Avec Darwin, bien des thèmes  « littéraires » courants depuis la fin du XVIIIe siècle trouvent leur « confirmation scientifique », malgré la résistance acharnée des religieux et des savants traditionnels. L'« évolution », la « sélection naturelle », la « lutte pour la vie » vont cautionner le réalisme déjà florissant (G. Eliot, Dickens) et l'infléchir vers le naturalisme, confirmant les soupçons des romantiques anglais sur « Mère Nature » : le paria romantique devient l'inadapté social, et le désert d'hommes, la cité-jungle ; la tragédie pénètre le quotidien. Les poètes victoriens (Tennyson, Browning) s'efforceront de croire au progrès naturel et à l'hominisation de la bête humaine. Au contraire, le néofatalisme (Hardy) dira la guerre des sexes, l'impuissance des individus et l'absurdité de l'Histoire. Sur fond de faillite sociale, le pessimisme hédoniste de Meredith apportera une conclusion provisoire (« Dieu est mort » ; « Nature est cruelle » ; « Vivons ») préparant la génération tentée par la surhumanité nietzschéenne (Shaw, Wells, Butler), jusqu'à ce que le freudisme prenne le relais comme « réalisme ennemi de toute consolation ». La littérature fantastique, elle, continuera (de Stevenson à Golding) à décrire les résurgences de la Bête, tandis que la science-fiction, reprenant les espoirs et les cauchemars victoriens, évoquera des cités organiques de plus en plus totalitaires.

Darwin (Erasmus)

Botaniste et poète anglais (Elston, Nottinghamshire, 1731 – Derby 1802).

Membre de la Lunar Society, il refuse d'être le médecin de George III. Déiste, auteur d'hymnes religieuses, correspondant de Rousseau, il se lança dans la poésie scientifique, exposant avec ingéniosité le système linnéen. Les Vies des plantes (1789), l'Économie de la végétation (1792), le Jardin botanique (1795), le Temple de Nature ou les Origines de la société (1803) et, surtout, Zoonomia ou les Lois de la vie organique (1794-1796), où il ébauche les théories de l'évolution, annoncent Lamarck, Darwin (son petit-fils) et Pavlov.

D'Arzo (Ezio Comparoni, dit Silvio)

Écrivain italien (Reggio Emilia 1920 – id. 1952).

Son premier long récit À l'enseigne du bon coursier (1942) est une fable qui narre les aventures d'un funambule dans la Venise du XVIIIe s. Ses autres romans et récits, la Maison des autres (1953) ; Un moment comme ça réunis dans Notre Lundi (publié en 1960) alternent fantastique et angoisse existentielle.

Das (Balaram)

Poète indien de langue oriya (Puri 1472 – ?).

Disciple du mystique visnuite Caitanya, il fait partie du groupe des « Cinq Amis » (Pañca Sakha), gloires de la littérature oriya du début du XVIe s. Auteur du premier Ramayana oriya, il composa aussi poèmes et traités visnuites, ainsi qu'une pièce, Laksmi Purana Suanga, jouée aujourd'hui encore.

Das (Jagannath)

Poète indien de langue oriya (Puri 1492 – id. 1552).

Disciple du mystique visnuite Caitanya et membre des Pañca Sakha (les « Cinq Amis »), il adapta en vers oriya le Bhagavata Purana, quotidiennement récité en public dans les villages.

Das (Jibanananda)

Poète indien de langue bengalie (Barisal 1899 – Calcutta 1954).

La nouveauté de ses images, son maniement des registres de langue et la forme moderne de sa sensibilité font de lui un poète majeur (le Manuscrit cendré, 1936 ; Banalata Sen, 1942 ; l'Univers, 1944 ; les Ténèbres des sept étoiles, 1948 ; Rupasi Bangla, 1957).

Das (Sarala)

Poète indien de langue oriya (né près de Cuttack, XVe s.).

Il est l'auteur du premier et du très populaire Mahabharata en vers oriya, adaptant avec originalité l'épopée originale à partir du modèle sanskrit. Das est aussi l'auteur du Vilanka Ramayana, une suite du Ramayana sanskrit dont il a trouvé l'inspiration dans le Adbhuta Ramayana. On lui attribue également la composition du premier poème oriya à la louange de la déesse Candi, le Candi Purana.