Dictionnaire de la Littérature 2001Éd. 2001
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Lewis (Clive Staples)

Écrivain britannique (Ballingtogher, Irlande, 1898 – Cambridge 1963).

Venu tardivement à un christianisme dont il passa le reste de sa vie à rechercher l'essence, Lewis nous laisse une œuvre multiforme : des ouvrages d'histoire et de critique littéraire, des essais sur le langage, des méditations et même des sermons. On lui doit aussi une série de fables à l'usage des enfants, des livres de théologie-fiction et, surtout, une trilogie de science-fiction religieuse, le Silence de la Terre (1938), Voyage à Vénus (1943) et Cette hideuse puissance (1945), réflexion sur les thèmes de la Chute et de la Grâce.

Lewis (Matthew Gregory, dit Monk)

Écrivain anglais (Londres 1775 – en mer, au retour des Antilles, 1818).

Après ses études, il voyage en Allemagne (où il lit Goethe et Tieck), devient attaché d'ambassade et publie un roman, Ambrosio ou le Moine (1796), qui lui donnera un prénom. Le personnage d'Ambrosio, sorte de figure faustienne, vouée à la damnation, forme le pivot d'une intrigue rassemblant tous les ingrédients du « roman noir » qui naît à ce moment (notamment avec A. Radcliffe) : couvent, château et souterrains, jeunes filles amoureuses et persécutées, violence et séquestration, apparition du Diable, érotisme et atmosphère hallucinée (remarquée plus tard par Antonin Artaud), fondant la typologie de l'imaginaire « gothique ». Montrant des situations extrêmes (viol, incestes) et des personnages sulfureux (religieux assouvissant des passions charnelles), présentant la Bible comme un monument d'immoralité, l'œuvre fit scandale tout en suscitant de nombreuses imitations. On peut ensuite citer Alonzo the Brave and the Fair Imogine, a ballad (1797) et d'autres récits de terreur (The Bravo of Venice, 1804), des drames et des tragédies (The Castle Spectre, 1797 ; Alfonso, King of Castile, 1801) qui confirment cette veine créatrice. Dans un tout autre esprit, le Journal d'un propriétaire des Indes occidentales (1833) témoigne de l'attention portée par Lewis, riche planteur libéral, au sort des esclaves de la Jamaïque.

Lewis (Percy Wyndham)

Peintre et écrivain anglais (en mer, au large d'Amherst, Canada, 1882 – Londres 1957).

Peintre, il lança, en rivalité avec le futurisme européen, le vorticisme. Écrivain, il fonda avec E. Pound le périodique Blast (1914-1915), où il vilipenda l'intelligentsia, dénonça le machinisme, célébra la brutalité des corps et la vérité des apparences. Séduit un moment par Hitler, il désavouera le nazisme. Avec T. S. Eliot, il est le représentant le plus ouvert de la droite anglaise. Ses romans et essais, d'une virulence sans faille (Tarr, 1918 ; les Singes de Dieu, 1930 ; Fête maligne, 1955), illustrent la continuité du grotesque contemporain.

Lewis (Sinclair)

Écrivain américain (Sauk Centre, Minnesota, 1885 – Rome 1951).

Fils de médecin, il abandonna d'épisodiques études à Yale pour s'intégrer à la communauté utopique (« Helicon Home Colony ») fondée en 1906, dans le New Jersey, par Upton Sinclair. Journaliste, il connut son premier succès avec son évocation ironique du bovarysme du Middle West dans Grand'Rue (1920) : à Gopher Prairie, petite ville du Minnesota, la jeune Carol Kennicott s'ennuie aux côtés d'un médecin de campagne et le roman devient flaubertien dans son évocation du désert intellectuel et moral du Midwest et des vaines aspirations des âmes romantiques. Ce parti pris se confirme avec le portrait de l'homme infantilisé par la société de consommation, une prospérité sans intérêt sur fond de moralisme oppressant (Babbitt, 1922). Héritier de Dreiser et Norris, et aux côtés des « muckrakers », il fondait ainsi un réalisme original défini par le partage entre les aspirations individuelles et les constats sociologiques. Il poursuivit alors une vaste typologie critique de la vie américaine avec Arrowsmith (1925), Elmer Gantry (1927), Dodsworth (1929). En 1930, le prix Nobel, qu'il est le premier à recevoir aux États-Unis, couronne cependant moins le critique que le moraliste, moins le satiriste que le puritain (Je suis aussi un étranger ici, 1962). À travers ses « instantanés » pris sur la réalité, il reste un témoin capital des États-Unis des années 1920 et une illustration des contradictions de la culture américaine.

Lezama Lima (José)

Poète et écrivain cubain (La Havane 1910 – id. 1976).

Il fonda diverses revues d'avant-garde, dont Orígenes (1944), qui réunirent les poètes « transcendantalistes » et publiaient des œuvres marquées par l'influence du surréalisme et de l'existentialisme. Poète hermétique et baroque (Mort de Narcisse, 1937 ; Rumeur ennemie, 1941 ; Dador, 1960), il est aussi l'auteur de nombreux essais critiques (la Quantité enchantée, 1970). Chronique colorée d'une famille havanaise autant qu'aventure littéraire et poétique au confluent des cultures de l'Ancien et du Nouveau Monde, Paradiso (1966) est un monument romanesque baroque et surréaliste dans lequel le « paradis » n'est autre que le monde réel transformé en poésie. Salué par la critique internationale, Paradiso sera prolongé par Oppiano Licario, roman inachevé d'abord intitulé Infierno et publié en 1977.

L'Héritier de Villandon (Marie Jeanne)

Écrivain français (Paris v. 1664 – id. 1734).

Elle contribua à la mode littéraire du conte de fées (Œuvres mêlées, 1696), avec un mélange d'emprunts autant au folklore qu'au romanesque, de faux-semblants (style mêlé de simplicité et de préciosité, et fausse naïveté) et de vraie mondanité, qui fit du conte de fées non un genre pour enfants, mais le vecteur de l'enseignement d'une culture mondaine très raffinée et quelque peu perverse.

L'Hospital (Michel de)

Magistrat et orateur politique français (Aigueperse 1505 ou 1506 – Belesbat 1573).

Après des études de droit, il fut avocat, puis conseiller au parlement de Paris (1537), avant d'être nommé, en 1560, chancelier de France. Il réforma la magistrature par les ordonnances d'Orléans (1560) et de Moulins (1566). Partisan, durant les guerres de Religion, d'une politique de paix entre les deux partis, il s'aliéna la Cour et, en 1568, se retira dans ses terres. Poète néolatin, il est surtout l'auteur de harangues politiques et d'un discours en vers (la Science de régner, 1559).