Dictionnaire de la Littérature 2001Éd. 2001
G

Ghalib (Mirza Asadullah Khan)

Poète indien de langues urdu et persane (Agra 1797 – Delhi 1869).

Il est considéré à la fois comme le dernier poète classique persan et le premier écrivain moderne en urdu. Il est l'auteur d'un Diwan en urdu (1841) et de poèmes en persan (1863).

Ghallab (Abd al-Karim)

Romancier marocain de langue arabe (Fès 1919 – ? 2006).

Il reçut une éducation traditionnelle jusqu'à la Qarawiyyîn – mosquée-université religieuse de Fès –, puis il étudia la littérature au Caire (1937-1949). Militant politique du parti de l'Istiqlâl, il connut la prison. Après l'indépendance, il fut ministre à deux reprises (1956-1959 et 1981-1985), mais se consacra essentiellement à l'écriture. Résistance aux Français, questions sociales et d'éducation après l'indépendance sont les thèmes majeurs d'une œuvre aux accents nostalgiques, comprenant des nouvelles (Il est mort serein, 1965 ; La terre est mon aimée, 1971 ; Il la sortit du paradis, 1977) et des romans (Sept Portes, 1965 ; Nous avons enterré le passé, 1966 ; La barque est revenue à la source, 1985).

Ghana

Les Achantis sont le peuple le plus important du Ghana et le plus caractéristique d'un ensemble homogène de civilisations du Ghana et de la Côte-d'Ivoire, désignées collectivement sous le nom d'Akan. Les Achantis possèdent une littérature orale très riche et diversifiée. Elle a fait l'objet de nombreuses études et recueils, notamment par le Ghanéen J. H. K. Nketia. La poésie chantée et la poésie tambourinée sont particulièrement à l'honneur, et les genres conventionnels dans ces domaines sont importants. Traditionnellement, les hommes se répartissaient entre diverses associations militaires qui avaient aussi des fonctions de service public, les asafo. Les Achantis font aussi un usage constant et original de leurs innombrables proverbes qu'ils tambourinent, qu'ils insèrent, comme sources d'inspiration, dans la poésie, ou qu'ils associent aux figurines de leurs célèbres poids à peser l'or. Parmi les genres narratifs, on remarque les traditions légendaires qui décrivent une histoire glorieuse, et un cycle particulièrement développé des contes de l'Araignée, appelée Anansi, personnage à la fois savoureux et mythologique.

   Le Ghana, la Gold Coast de l'époque coloniale, fut une pépinière d'intellectuels. Les premiers romanciers ouest-africains sont des gold coastiens dont l'histoire littéraire est en passe de réévaluer l'apport : Marita, or the Folly of love, a novel by a native, roman écrit en anglais par un Gold Coastien est paru en feuilleton à Cape Coast en 1885-1888 ; J. Casely Hayord, avocat gold coastien, écrit en 1908 un curieux roman d'anticipation politique sur la libération de l'Afrique, l'Éthiopie libérée. En 1915 paraît une comédie écrite dans un mélange d'anglais et de fanti, The Blinkards de Kobina Sekyi, qui vaut à son auteur le surnom de B. Shaw ouest-africain. Une abondante littérature locale existe, aidée par le réseau exceptionnel de bibliothèques du pays qui fait sans doute du Ghana le pays le plus alphabétisé de l'Afrique de l'Ouest (R. E. Obeng, Dix-huit pence, 1943, et les nombreux romans de Benibengor Blay).

   Le Ghana compte quelques écrivains de talent, au premier rang desquels s'inscrit Ayi Kwei Armah, dont le roman L'Âge d'or n'est pas pour demain (1968) dresse le constat de la faillite de son pays sous le règne finissant de Nkrumah : face à la marée montante de la corruption et de l'arrivisme, son héros anonyme, symboliquement appelé l'Homme, laisse cependant espérer l'aube d'un jour nouveau. Les dernières années de l'« Osagyefo » servent également de toile de fond au roman de Cameron Duodu (The Gab Boys, 1967), qui évoque avec humour les désillusions d'une jeunesse oisive et déracinée, intoxiquée par le cinéma américain dont les héros lui servent de modèles. Le récit en forme de cauchemar de Kofi Awoonor (Cette terre, mon frère, 1971) annonce les expérimentations de Kojo Laing (Woman of the Aeroplanes, 1988). L'œuvre de Ama Ata Aidoo est celle d'un auteur de théâtre (Dilemna of a ghost, 1965) du début des années de l'indépendance, devenue romancière (Our sister Killjoy, 1977), qui porte un regard pénétré de sens historique sur la condition de la femme en Afrique noire.

ghazal

genre littéraire arabe dont la matière principale est la poésie amoureuse : celle-ci, destinée à chanter l'être aimé, à exposer tantôt la douloureuse tantôt l'agréable soumission à la passion qu'il suscite, occupe une place importante dans la littérature arabe classique. La vieille poésie bédouine n'en est pas exempte (voir la première partie de la qasida). Cependant, c'est à partir du VIIIe siècle que le genre commence à se constituer grâce à des poètes comme al-'Ardji ou Djamil, chacun dans sa tonalité propre, érotique et joyeuse, ou bien 'udhrite et désespérée. Vers la fin de ce même siècle, le genre s'impose pleinement avec Bachchar ibn Burd, al-'Abbas ibn al-Ahnaf, Abu Nuwas, traduisant les subtilités de l'amour courtois, fortement teinté de néoplatonisme. Le muwachchah et le zadjal furent également touchés. Le ghazal passa plus tard à la littérature persane (pièce de 5 à 15 vers, comportant, à la fin, le nom de plume du poète), turque (où il se déploie de Yunus Emre à Fuzuli, à Namik Kemal et à Ziya Pasça), urdu (où il adopte un caractère plus intellectuel, avec Ghalib, Asghar de Gondwana, Muhammad Iqbal).

Ghelderode (Adhemar Martens, dit Michel de)

Auteur dramatique belge de langue française (Ixelles 1898 – Schaerbeek 1962).

Dès 1918, La mort regarde à la fenêtre manifeste l'influence de Maeterlinck. Suivent d'autres pièces : Piet Bouteille (1918), le Cavalier bizarre (1924), les Vieillards (1923), Un soir de pitié (1929). En 1924, la Mort du docteur Faust appartient avec Don Juan (1928) et Christophe Colomb (1928) à la période expérimentale, marquée par l'expressionnisme, le cirque, le cinéma. De 1925 à 1932, les représentations de la troupe d'avant-garde « Vlaamsche Volkstooneel » le  confrontent aux réactions du public et aux exigences de la scène. À cette expérience on doit la création de Magie rouge (1934) et les caractéristiques majeures de son théâtre : action brève située surtout la nuit ; espace coupé du monde ; personnages colorés ; langage imagé, à la fois lyrique et trivial. La Ballade du Grand Macabre, la Farce des ténébreux, Fastes d'enfer, Hop Signor !, Mademoiselle Jaïre, Sire Halewin signent la fertilité de la période 1934-1937. En 1939, Ghelderode cesse quasiment d'écrire pour la scène  et redevient auteur de contes et de poésies : la légende qu'il tisse autour de lui révèle son désir latent de mystification. Difficile de découvrir l'homme sous les masques multiples : il se campe en misanthrope, en solitaire voulu, mais apparaît aussi en blessé, en mal de contacts humains. L'œuvre traduit cette solitude : les personnages vivent souvent séparés, forme type de la cruauté ghelderodienne. Analyse psychologique ou réflexion philosophique cèdent le pas aux manifestations de l'instinct et de l'irrationnel. Ghelderode puise son inspiration dans l'observation directe des formes, des couleurs et des images, dans les scènes populaires et colorées de Breughel, les masques carnavalesques d'Ensor, l'art visionnaire de Bosch et de Goya. Le vocabulaire et la syntaxe témoignent d'influences flamandes. La langue devient un élément dramatique autonome.