Les Régions ont un poids démographique, une taille, un budget, une équipe de fonctionnaires et d'experts différents. L'Île-de-France, avec ses 10 millions d'habitants, n'est guère comparable au Limousin ou à la Corse (qui bénéficie depuis 1992 d'un statut particulier).
Les Régions françaises – 22 en métropole et 4 outre-mer – ont une existence administrative depuis le début des années 1950 mais elles n'ont acquis leur reconnaissance juridique entière en tant que collectivités territoriales (au même titre que les communes ou les départements) qu'en 1982-1983. C'est à ce moment en effet que, sous l'impulsion de Gaston Defferre, alors ministre de l'Intérieur, et de la décentralisation, furent votées des lois qui leur permettent d'organiser leurs services à leur guise ou de fixer leurs ressources fiscales en quasi-liberté.
En Europe, selon qu'elles sont situées à la périphérie (Poitou-Charentes, Bretagne) ou au cœur d'un espace dynamique, ou encore proches de ce que les géographes appellent la « banane bleue » – ce croissant allant de Londres à Milan en passant par Bruxelles, Francfort et se prolongeant vers Barcelone –, les régions auront plus ou moins de chance d'attirer des activités, des centres de recherche d'entreprises multinationales, des grands congrès internationaux. Par exemple, si Disneyland s'est installé à l'est de Paris, dans le périmètre de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, c'est non seulement parce que les gouvernements ont facilité – financièrement et administrativement – l'arrivée de la firme multinationale mais aussi à cause de la situation géographique elle-même : proximité de l'aéroport de Roissy, gare d'interconnexion TGV, bonne desserte en autoroutes, vivier démographique (donc de visiteurs) important.
La dimension européenne des Régions
Quand on établit un classement européen des 196 entités régionales, on note que l'Île-de-France est, en termes de richesse produite, au premier rang européen devant la Lombardie (capitale Milan) et le Grand Londres. Le PIB (produit intérieur brut) de la région parisienne est deux fois celui de l'Autriche. C'est l'Épire, en Grèce, qui est en queue de peloton. Mais, en France, pour une moyenne européenne de 100, le Languedoc-Roussillon est à 81 (ce qui est 2,4 fois moins que l'État de Hambourg), et la Corse ou le Limousin ne sont pas beaucoup mieux lotis dans ce classement comparatif.
La vie économique du continent européen se concentre sur une zone comprise dans un cercle de 500 km autour de Bruxelles. Cette zone, qui couvre seulement 8 ou 9 % du territoire européen, compte 65 millions d'habitants mais détient plus de la moitié de son potentiel industriel. Surtout – et même si les statistiques ne sont pas à prendre au pied de la lettre pour exprimer le progrès et le bien-être –, le PIB par habitant y est supérieur de 21 % à la moyenne communautaire. Au vu des premiers résultats du recensement de la population, diffusés en juillet 1999, il apparaît que les régions qui se placent en tête dans la course sont celles où des métropoles solides structurent l'espace : des villes comme Toulouse, Lyon, Montpellier, Nantes, Lyon, Rennes ou Strasbourg se développent souvent en « aspirant » la population rurale environnante et celle des petites villes proches. En revanche, l'Île-de-France et Paris connaissent un déclin relatif, dû aux départs de plus en plus nombreux de Franciliens vers la province.