Charles Hernu, ministre de la Défense, accuse, le 9 août, la Libye de porter la responsabilité de l'internationalisation du conflit et annonce, officiellement, l'envoi d'« instructeurs militaires » français au Tchad. C'est donc sur la pointe des pieds que débute l'opération Manta, au déroulement de laquelle l'opinion française est favorable.

Vingt-quatre heures plus tard, les avions de transport militaire français et ceux de la compagnie UTA amènent dans la capitale plusieurs centaines de parachutistes prélevés sur les forces d'intervention stationnées en Bretagne et dans le sud-ouest de la France. Au même moment, Goukouni Oueddei reprend Faya-Largeau, grâce au concours des forces armées libyennes, contraignant les troupes tchadiennes à se replier sur la capitale. En revanche, ces dernières consolident leurs positions dans l'est du pays et repoussent d'importantes forces rebelles lancées contre la petite ville d'Oum Chalouba.

À la fin de la première quinzaine d'août, le contingent français, qui dépassera rapidement 3 000 hommes, se déploie au nord et à l'est de N'Djamena. Les forces françaises prennent position aux abords du 15e parallèle, établissant une véritable ligne rouge au-delà de laquelle une confrontation directe franco-libyenne pourrait avoir lieu.

Tractations

À Brazzaville, le 15 août, une dizaine de chefs d'État d'Afrique centrale, réunis à l'occasion de la commémoration du 23e anniversaire de l'indépendance du Congo, chargent le colonel Mengistu, chef de l'État éthiopien et président en exercice de l'OUA, d'obtenir un cessez-le-feu et le retrait de toutes les forces étrangères.

Trois jours plus tard, le général Jean Poli est nommé à la tête des forces françaises envoyées au Tchad. Le détachement français reçoit le renfort de quatre Mirage et de quatre Jaguar. Au nord du Tchad, la Libye renforce son dispositif autour de Faya-Largeau, où sont installés 5 000 à 6 000 combattants commandés par le colonel Rhafi, proche du colonel Kadhafi.

Washington rapatrie, le 23 août, les deux avions radars Awacs qui n'ont pas été utilisés. Quarante-huit heures après, F. Mitterrand s'explique sur la crise du Tchad et souligne que Paris veut réunir les conditions qui rendent possible une négociation. Il indique au journal le Monde que « le dispositif mis en place par la France lui donne tous les moyens, s'il le faut, de répondre militairement et vite à une nouvelle offensive ».

Charles Hernu rencontre à N'Djamena, dès le lendemain, Hissène Habré et dissipe les derniers malentendus avec les dirigeants tchadiens, qui avaient regretté que F. Mitterrand n'envisage pas d'apporter un appui militaire direct aux troupes tchadiennes pour la reconquête du Nord.

La diplomatie n'a pas pour autant pris totalement le pas sur l'action purement militaire, comme l'attestent les violents combats qui, le 3 septembre, reprennent à Oum Chalouba, après trois semaines de trêve précaire. Ce n'est que grâce aux vols d'intimidation effectués par l'aviation française, qui se déploie à basse altitude contre les forces rebelles, que celles-ci sont rejetées sur leurs bases de départ.

Philippe Decraene

Zimbabwe

La fin d'un miracle

Robert Zwinoira, 50 ans, ancien professeur d'histoire à l'université du Swaziland et récemment encore ambassadeur du Zimbabwe en Grande-Bretagne, était-il le diplomate le mieux logé de Londres ? Peut-être pas. Mais une chose est sûre : la résidence personnelle qu'il avait acquise, sans en référer à son ministre, dans le quartier de Mayfair comportait 5 étages, 5 chambres, 5 salles de bains, autant de cuisines et de bureaux. Coût de l'ensemble ? Près de 8 millions de FF. Une coquette somme, surtout quand on sait que l'enveloppe globale annuelle accordée par le gouvernement de Harare pour l'achat de toutes les résidences de ses ambassadeurs n'excédait pas 8,5 millions de FF.

Pour les Zimbabwéens, cette affaire est plus qu'une anecdote. Ils voient en effet en Bernard Chidzero, le ministre des Finances qui a révélé le scandale et finalement obtenu le rappel de ce diplomate très à l'aise, un incorruptible redresseur de torts ; et en Robert Zwinoira l'archétype du bourgeois enrichi des lendemains de l'indépendance. Ils sont nombreux, en effet, de Beitbridge à Kariba, les frustrés de cette indépendance, qui fêtera, le 12 avril 1984, son quatrième anniversaire. Et il n'est guère difficile, finalement, d'exploiter leur mécontentement, en faisant valoir la prospérité intacte de la minorité blanche et l'enrichissement rapide des nouveaux nantis noirs de Harare.

La réforme agraire en suspens

L'ambitieux projet de redistribution des terres, auquel le Premier ministre Robert Mugabe accordait une importance cruciale, piétine. Sur les 700 000 familles entassées dans les réserves (les Tribal trust lands), seules 21 000 ont été, en trois ans, réinstallées sur des terres plus fertiles. Mugabe, en fait, se trouve placé face à un véritable dilemme, car il n'est pas question pour lui d'exproprier les occupants des Midlands et des riches terres du Matabeleland : les fermiers blancs.