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Alfred Russel Wallace

Alfred Russel Wallace
Alfred Russel Wallace

Voyageur et naturaliste britannique (Usk, Monmouthshire, 1823-Broadstone, Dorset, 1913), auteur d’une théorie de l’évolution par sélection naturelle concomitante et similaire à celle de Charles Darwin.

1. Intuition évolutionniste et premiers voyages

Alfred Russel Wallace voit le jour dans une famille peu fortunée ; il est le huitième de neuf enfants. Forcé d'abandonner ses études à 14 ans il s'instruit dès lors tout seul. À Londres, où il est venu habiter temporairement chez l'un de ses frères, il assiste à des réunions au « Hall de la Science », un club destiné à la formation des ouvriers. Après avoir été apprenti géomètre chez un autre de ses frères, dans le Bedfordshire, il devient, en 1844, instituteur dans une école privée de Leicester. Il consacre ses heures de loisir à la lecture d'ouvrages de sciences naturelles. Un commun intérêt pour la zoologie le rapproche du jeune entomologiste Henry Walter Bates, qui vit aussi à Leicester.

En 1845, Wallace s’installe à Neath (Pays de Galles). C’est là qu’il lit les Principes de géologie (The Principles of Geology, 1830-1833) de Charles Lyell, ainsi que le très controversé Vestiges of the Natural History of Creation (« Vestiges de l’histoire naturelle de la Création », 1844, écrit par le naturaliste et éditeur Robert Chambers mais d’abord publié de façon anonyme). Lyell défend l’idée que la surface de la Terre connaît des changements continuels imprimés par des forces naturelles identiques aujourd’hui à ce qu’elles étaient au cours des temps géologiques (théorie de l’actualisme) ; Chambers expose une vision évolutive de la vie proche du transformisme de Jean-Baptiste Lamarck. Convaincu par la non immuabilité des espèces, Wallace décide d’en chercher des preuves et propose à son ami Bates un grand voyage scientifique en Amérique du Sud. L’expédition doit être financée par la vente des spécimens animaux récoltés (insectes, oiseaux et autres) à des musées ou à des collectionneurs privés.

En 1848, ils partent pour l'Amazonie, où Wallace reste jusqu'en 1852. Entre autres travaux, il réalise une cartographie du Río Negro, publiée par la Royal Geographical Society. Comme Bates, il recueille un matériel scientifique considérable, mais le bateau du retour prend feu dans l'Atlantique et il perd toute sa collection, ainsi que ses notes et ses dessins. Après 10 jours dans un canot de sauvetage, un cargo sauve les hommes naufragés et les ramène en Angleterre.

L'année suivante, il publie deux ouvrages tirés de son expédition : Palm Trees of the Amazon and Their Uses (« Palmiers de l’Amazonie et leurs utilisations »), et A Narrative of Travels on the Amazon and Río Negro (« Récit de voyage sur l'Amazone et le Río Negro ».

En 1854, Wallace part pour une autre région du monde, l'archipel malais – appelé aujourd’hui Insulinde. Il y passe huit ans, au cours desquels il réalise quelque soixante-dix expéditions. L’un de ses buts principaux est de confirmer sa conviction que toutes les espèces sont le produit d'une évolution. Il s'emploie, comme en Amazonie, à rassembler le plus d'échantillons zoologiques : il collecte près de 110 000 insectes, 7 500 coquillages, 8 050 peaux d'oiseaux, 41°spécimens de mammifères et reptiles.

2. La théorie de Darwin-Wallace

En 1855, depuis Bornéo, Wallace écrit un article intitulé « Sur la loi qui a régi l'apparition des nouvelles espèces », qui paraît en Angleterre la même année dans une revue d'histoire naturelle. Puis, en 1858, alors qu'il est immobilisé par les fièvres du paludisme sur une île de l'archipel des Moluques, sa théorie sur le mécanisme de l’évolution prend forme dans son esprit. Il rédige alors son fameux mémoire On the Tendency of Varieties to depart indefinitely from the Original Type (« Sur la tendance des variétés à s'écarter indéfiniment du type originel ») et l'adresse à Darwin, qui y retrouve ses propres thèses : Wallace pose lui aussi le principe de la sélection naturelle comme moteur essentiel de la transformation des espèces. Les amis de Darwin, C. Lyell et Joseph Hooker, scientifiques reconnus, communiquent ce texte – sans en avoir prévenu Wallace – à la Linnean Society de Londres, précédé de documents écrits par Darwin faisant état de sa conception évolutionniste (des extraits d'un ouvrage non publié et une lettre au botaniste américain Asa Gray). La communication dite « de Darwin et Wallace », intitulée On the Tendancy of Species to form Varieties; and the Perpetuation of Varieties and Species by Natural Means of Selection (« De la tendance des espèces à former des variétés, de la conservation des variétés et des espèces à l’aide de la sélection naturelle ») est publiée dans le Journal de la Linnean Society peu après, en août 1858. L’événement incitera Darwin – qui a eu l’idée de la sélection naturelle des années plus tôt – à publier dans la précipitation De l’origine des espèces, un travail qu’il considère pourtant loin d’être achevé.

Si les travaux de Darwin ont par la suite éclipsé ceux de Wallace, ce dernier reçoit à l’époque considération et honneurs de la part du monde scientifique. Il travaille encore de nombreuses années sur le sujet de l’évolution, publiant notamment The Origin of Human Races and the Antiquity of Man Deduced from the Theory of Natural Selection (« L’origine des races humaines et l’antiquité de l’homme déduite de la théorie de la sélection naturelle », 1864), Contributions to the Theory of Natural Selection (la Sélection naturelle, 1870) et Darwinism (« Le darwinisme », 1889).

Pour en savoir plus, voir l'article évolution.

3. La ligne de Wallace

Wallace est aussi connu pour ses travaux en zoogéographie, réalisés au cours de son séjour dans l’archipel malais (1854-1862). Dans On the Zoological Geography of the Malay Archipelago (« De la géographie zoologique de l’archipel malais », 1860), il propose l’existence, entre les îles indonésiennes de Bali et Lombok, au sud, et entre Bornéo et Célèbes, plus au nord, d’une ligne théorique symbolisant la séparation entre la zone de distribution de la faune australienne et celle de la faune asiatique – connue sous le nom de « ligne Wallace » que lui donnera Thomas Henry Huxley. Dans The Malay Archipelago (« L'Archipel malais », 1869), il donne à la zoogéographie ses fondements actuels. Il publie également une synthèse de ses recherches sous la forme d’un monumental ouvrage en deux volumes, The Geographical Distribution of Animals (« la distribution géographique des animaux », 1876), qui servira longtemps de référence à la discipline.

4. Autres travaux

Wallace est un scientifique prolifique, qui s’intéresse à de multiples domaines des sciences naturelles : l’évolution et la zoogéographie, mais aussi la géologie, l’anthropologie ou encore l’astronomie – il publie notamment une synthèse scientifique démontrant que la planète Mars ne peut être habitée, contrairement aux théories de certains auteurs qui défendent l’existence de canaux martiens construits par une civilisation martienne.

Dans la seconde partie de sa longue vie, Wallace œuvre en faveur des causes les plus diverses. Partisan des idées socialistes et laïques de Robert Owen, il est impliqué en politique, préside la Société pour la nationalisation des terres, et défend les droits des femmes, militant notamment pour que le droit de vote (→ suffrage universel leur soit accordé. Parallèlement, il prend aussi parti contre la vaccination antivariolique, qu'il juge inutile et dangereuse.

De façon curieuse pour un tel homme de science, Wallace devient, dès 1865, un fervent adepte du spiritisme. Il le restera jusqu’à la fin de sa vie, ce qui ne manquera pas d'étonner, et même de choquer, bien des savants de l'époque.

Sans doute l’un des naturalistes les plus connus de son époque, Wallace a publié au cours de sa vie pas moins de 22 livres, environ 500 articles scientifiques et quelque 200 essais, études, pamphlets, lettres, notes… Il a reçu une multitude d’honneurs ; il s’est notamment vu attribuer la médaille Copley et la médaille d’or de la Royal Society, la médaille d’or de la Société linnéenne et la médaille d’or de la Société de géographie (Paris) pour voyages d’étude, missions et travaux de reconnaissance. En 1908, il reçoit aussi l’ordre du Mérite accordé par le roi du Royaume-Uni. Après sa mort, il est étrangement tombé dans l’oubli jusqu’à la fin du xxe siècle.

Un grand collectionneur

Un grand collectionneur



Au cours de son séjour en Amazonie, Wallace envoie en Angleterre 1 300 spécimens d'insectes ainsi que 284 oiseaux. La perte du reste de sa collection, lors de son voyage de retour, ne le décourage pas d'en entreprendre une nouvelle, cette fois avec des espèces asiatiques, durant ses explorations dans l'archipel malais. Il rassemble essentiellement des oiseaux, des coléoptères et des papillons. On lui doit la découverte de quelque 200 espèces nouvelles d'oiseaux et autant de fourmis, ainsi que de 900 coléoptères. Il capture aussi et décrit, le premier, des animaux comme l'orang-outan ou la grenouille volante de Bornéo. De nombreux spécimens furent achetés par le British Museum, d'autres allèrent à des collectionneurs privés. Chaque échantillon était soigneusement étiqueté par Wallace, qui donnait notamment une description précise de l'endroit d'où il provenait. Le naturaliste tenait en effet un journal de ses découvertes qu'il appelait son « carnet des espèces ».