En fin de compte, les experts ne pourront se prononcer nettement sur l'origine des incendies. Le juge d'instruction, devant l'incertitude, avait très rapidement remis l'inculpé en liberté provisoire. Celui-ci, en janvier 1971, bénéficie d'un non-lieu.

Les médecins sur la sellette

Est-ce parce que l'on attend des médecins qu'ils accomplissent toujours des miracles et qu'ils fassent preuve d'une infaillibilité quasi divine ? Est-ce parce que les praticiens commettent effectivement parfois des négligences graves, sous l'effet de la fatigue ou en raison d'une trop grande confiance en eux-mêmes ? On a vu se multiplier plus que jamais les plaintes déposées contre les hommes de l'art ou contre une clinique par des parents qui ont remis entre leurs mains un être cher.

En moins d'un an, on enregistre successivement trois ou quatre affaires de cette sorte : en janvier, à Cambrai, un bébé de seize mois, Jérôme Méresse, meurt lors d'une anesthésie pratiquée pour une opération bénigne ; en février, dans le Gers, une petite fille de six ans, Florence Verstraeten, qu'on vient d'opérer des amygdales, s'éteint après avoir vomi du sang toute la nuit, alors que le médecin, alerté, avait d'abord répondu par des propos rassurants ; quelques mois plus tard, à Chambéry, un garçon de neuf ans, Philippe Moine, décède sur la table d'opération. Dans tous ces cas, la famille s'adresse à la Justice, dont le rôle est souvent délicat dans ces matières difficiles à apprécier.

En mai, la cour d'appel de Montpellier rend son arrêt dans l'affaire qui oppose le mari de la romancière Albertine Sarrazin aux docteurs Roger Schilliro et Henri Pietrera, qui avaient opéré son épouse pour une néphrectomie en juillet 1967. Il leur reproche des fautes ayant entraîné, selon lui, le décès de l'auteur de l'Astragale. En première instance, en décembre 1970, les deux médecins sont condamnés à deux mois de prison avec sursis et à 10 000 F d'amende pour homicide involontaire. À l'issue du second procès, la cour d'appel relaxe le chirurgien, le Dr Schilliro, mais reconnaît une responsabilité à l'anesthésiste, le Dr Pietrera, en lui reprochant notamment de ne s'être pas préoccupé à temps de connaître le groupe sanguin de la victime en vue de la perfusion qui l'eût peut-être sauvée. Mais elle ramène son amende à 2 000 F. La partie civile, qui demande 250 000 F de dommages et intérêts, en obtient 40 000.

Mis ainsi sur la sellette, les médecins trouvent des soutiens. Le conseil de l'Ordre de l'Hérault comme certains de leurs confrères manifestent leur émotion à l'issue de la première condamnation des docteurs Schilliro et Pietrera. En Corse, une partie de la population de Ponte-Leccia crée un comité de soutien au Dr Caccioni, menacé de plainte « pour non-assistance à personne en danger de mort » par un père de famille dont le bébé vient de mourir.

Un médecin suscite un mouvement d'indignation et d'horreur unanime de l'opinion publique, en mars : le Dr Peignaux, de Saint-Denis. La mère du jeune Didier Rabouan amène son fils de onze ans à son cabinet et le lui confie pour l'incision d'un abcès à l'anus. Le praticien décide subitement qu'il est nécessaire de pratiquer immédiatement sur lui une appendicectomie. Il l'entreprend aussitôt sur sa table d'examen avec l'aide de son secrétaire. Il s'ensuit une scène de chirurgie hallucinante comme aurait pu en concevoir Edgar Poe ; l'enfant meurt. On découvre alors que le Dr Peignaux souffre de troubles mentaux et qu'il vient de sortir d'une clinique psychiatrique. Mais sa clientèle n'a pas été avertie en raison du... secret médical. Après le drame, ses confrères aliénistes concluent qu'il est irresponsable de ses actes et doit être interné.

Le naufrage du paquebot « Antilles »

Les cartes maritimes ne signalant pas un récif de corail à proximité de l'île Moustique (qui fait partie de l'archipel des Grenadines, dans les Caraïbes), cela coûte, en janvier 1971, le paquebot Antilles à la Compagnie générale transatlantique.

Trois cent cinquante passagers participaient à bord du navire à une croisière d'hiver. Pour leur permettre de mieux admirer le paysage, le vendredi 8 janvier, le commandant engage son bâtiment dans un chenal apparemment sans risque.