la Jetée

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des films ».

« Photo-roman » fantastique de Chris Marker, avec Davos Hanich (l'homme), Hélène Chatelain (la femme), Jean Negroni (le récitant), Jacques Ledoux, André Heinrich.

  • Scénario : Chris Marker
  • Photographie : C. Marker
  • Musique : Trevor Duncan et liturgie russe du samedi saint
  • Montage : Jean Ravel
  • Production : Argos Films
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1962
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 29 min
  • Prix : Prix Jean-Vigo 1963 ; Astronef d'or, Trieste 1963

Résumé

À la suite de la Troisième Guerre mondiale, qui a détruit Paris, quelques survivants s'installent dans les souterrains de Chaillot. Pour sauver cette humanité condamnée, on décide de projeter dans le Temps des émissaires, qui appelleraient le passé et l'avenir au secours du présent. Un homme est choisi pour sa fixation sur un souvenir. Envoyé dans le passé, il rencontre une femme et découvre avec elle le bonheur d'instants partagés. Devant le succès de ces expériences, on tente alors de l'envoyer dans l'avenir. Il se trouve face aux hommes du futur et sollicite leur aide. Plutôt que de choisir ce monde pacifié, qui propose de l'accueillir, il décidera de renouer avec son passé, sa vie d'homme, mais aussi sa propre mort, sur la jetée d'Orly.

Commentaire

L'immobilité d'un monde sans avenir

Ce film où les hommes ne peuvent être sauvés que par leur avenir, où un enfant voit mourir devant lui l'adulte qu'il sera échappe à toute explication « rationnelle ». Comme le héros, le spectateur est convié à un voyage dans le temps, dont il ne sort pas indemne : au bout de la Jetée, c'est son espace mental, fait d'images d'amour et de mort, qu'il aura traversé.

La profonde émotion qui se dégage de ce court métrage n'est pas étrangère à sa forme même. Cette succession de photographies, d'où le récit surgit progressivement grâce au commentaire d'une voix anonyme, nous fait sentir l'immobilité d'un monde sans avenir. Dans ce monde figé, où les images mentales ne sont que des « instantanés », il suffit d'un seul mouvement pour que renaisse la vie : il viendra de la femme ouvrant les yeux pour regarder autour d'elle. Dans cette transformation de la fixité en mouvement, du révolu en devenir, c'est aussi le passage de la photographie au cinéma qui est représenté.