harem

Soliman le Magnifique
Soliman le Magnifique

Roxelane

En 1541, sous l'influence de Roxelane (v. 1504-1558), concubine puis femme de Soliman le Magnifique, après le ravage du harem par un incendie, saisit cette occasion pour obtenir son transfert au nouveau palais de Topkapı : signe annonciateur de la décadence. Dès lors, dans le cadre justement célèbre de cette immense et somptueuse résidence, les sultans vont demeurer de plus en plus enfermés, renonçant à diriger les armées et souvent les affaires, s'adonnant à l'oisiveté, au plaisir, quand ce n'est pas à la débauche.

Lieu de toutes les intrigues…

Le pouvoir que Roxelane exerce sur son royal époux va être convoité par toutes les sultanes mères, par toutes les premières épouses, et, hélas, très souvent obtenu. Il importe, pour chacune des centaines de concubines (il y en eut parfois plus de 1 500) de capter la faveur du prince, de lui donner un fils. Il importe pour les toutes les mères que leur fils règne, non seulement parce que par lui elles règneront, mais seulement parfois pour assurer qu'il vive. Ainsi les intrigues, les meurtres se multiplient : on élimine les rivales, on élimine leurs enfants. La dure mais efficace loi qui veut que le Sultan intronisé exécute ses frères pour éviter les crises de succession ajoute encore à l'horreur des hécatombes : Mehmed III, par exemple, fera étrangler ses dix-neuf frères, coudre dans des sacs et jeter à la mer leurs concubines enceintes. Quand Ahmed Ier abolit le fratricide, c'est peut-être pire encore. Les princes sont alors enfermés à vie dans un bâtiment du harem, le kafes (la cage), bâtiment assez confortable et servi par des eunuques et des femmes stériles, mais on ne peut en sortir que si quelque révolution vous porte au pouvoir. On en vit qu'il fallut traîner presque inconscients à la cérémonie de remise du sabre, qui équivaut à notre couronnement.

… et de perdition

Le harem fut d'abord gardé par des eunuques blancs, importés de l'étranger, souvent de pays chrétiens (début xve siècle). Mais Caucasiens ou Balkaniques supportaient mal la mutilation et leur beauté évoquait la suspicion. Vers 1485, ils commencèrent à être remplacés par des Noirs, Éthiopiens et Tchadiens, bientôt de plus en plus nombreux : on en compte jusqu'à six cents. Leur chef, le kızlarağası, reçut rang de pacha, le commandant des hallebardiers du palais et souvent l'autorité sur de très hauts fonctionnaires, y compris le surintendant des Finances. Sa puissance était naturellment accrue du fait qu'il était seul à avoir droit d'approcher nuit et jour le souverain. Le rôle politique que les kızlarağası jouèrent fut toujours désastreux.

Dans cet univers clos, concentrationnaire, composé en grande partie de femmes, d'enfants et de châtrés, où la mort frappait quotidiennement, où tout le monde était esclave du maître, où chacun de ceux qui détenaient une parcelle d'autorité incitait les autres à la débauche, vivaient les princes les plus autocrates que le monde eût connus : on comprend que la vigoureuse race des Ottomans y perdit peu à peu ses vertus originelles.

Au début du xixe siècle, Mahmud II, qui avait dû défendre sa vie épée au poing dans un escalier du harem, arracha sa famille à l'emprise maléfique de Topkapı et fit mettre en chantier le palais de Dolmabahçe : échappant aux intrigues et aux caresses des femmes, l'Empire ne pouvait plus être le même, mais il était trop tard.

Pour en savoir plus, voir l'article Empire ottoman.