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République de Corée ou Corée du Sud

en coréen Hanguk

Carton de situation -
Drapeau de la Corée du Sud
Drapeau de la Corée du Sud

État d'Asie orientale occupant la partie méridionale de la péninsule coréenne, la Corée du Sud, baignée à l'est par la mer du Japon, à l'ouest par la mer Jaune, est limitée au nord par la Corée du Nord.

  • Superficie : 99 000 km2
  • Nombre d'habitants : 49 263 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Sud-Coréens
  • Capitale : Séoul
  • Langue : coréen
  • Monnaie : won
  • Chef de l'État : Hwang Kyo-ahn (par intérim)
  • Chef du gouvernement : Hwang Kyo-ahn
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 12 juillet 1948
    • Révision : octobre 1987
Pour en savoir plus : institutions de la République de Corée

GÉOGRAPHIE

Moins étendu que la Corée du Nord, cet État est beaucoup plus peuplé. L'extension des plaines et des collines et un climat plus doux expliquent la prédominance de la culture du riz. La pêche est aussi active. Palliant la pauvreté du sous-sol, l'abondance de la main-d'œuvre et les capitaux étrangers ont stimulé l'industrie (textile, chimie, sidérurgie et surtout construction navale et automobile, constructions électriques et électroniques). Cette industrie, représentée notamment dans les grandes villes de Pusan (débouché maritime) et de Séoul, est largement exportatrice. Après une phase de croissance spectaculaire, l'économie sud-coréenne s'est trouvée fragilisée par plusieurs crises (régionale en 1997-1998, mondiale en 2007-2008) mais elle reste très dynamique.

1. Un relief cloisonné

Le relief de la péninsule coréenne, extrêmement fragmenté, a sans doute facilité l'apparition des tendances individualistes du peuple coréen – originales au sein du monde confucéen – ainsi que la prolifération des sectes, et explique les difficultés pour le pays de maintenir son unité politique. La dépression de Chugaryong, à cheval sur le 38e parallèle, qui fut choisi, après la Seconde Guerre mondiale, comme ligne de démarcation entre les influences américaine et soviétique, s'étend de Séoul (située au sud-ouest) jusqu'à Wonsan (au nord-est, en Corée du Nord) et se prolonge à l'ouest par la plaine alluviale de Pyongyang : la tectonique semble avoir voulu faire signe à l'histoire, en marquant nettement la frontière entre les deux entités politiques actuelles ou en invitant, au contraire, à les unifier autour d'un axe central. Au sud de cette plaine, longue de 200 km et qui marque la limite septentrionale de la République de Corée du Sud, un massif ancien, incliné d'est en ouest, percé de quelques vallées, constitue une moyenne montagne s'élevant entre 1 000 et 1 900 m d'altitude. Les petites plaines côtières, présentes surtout à l'ouest du pays, face à la Chine, sont encombrées de collines et de buttes et s'ouvrent sur de nombreux havres naturels. Le territoire sud-coréen s'étant souvent partagé entre deux, voire trois États, autour des villes de Kwangju, de Pusan et de Kyongju (royaume de Silla), les particularismes régionaux sont très forts et marquent toujours la vie politique. Séoul, qui domine la riche vallée du fleuve Han, est actuellement la seule ville véritablement pancoréenne, car des centaines de milliers de réfugiés du Nord s'y sont ajoutés aux millions d'immigrants originaires de toutes les provinces du Sud, ainsi qu'à la population locale.

2. Une population en pleine transition démographique

La population, de 47,2 millions d'habitants (2001), est dense (475 habitants par km2), d'autant plus qu'elle n'occupe que 20 % du territoire (plaines littorales et bassins intérieurs essentiellement), constitué pour le reste de montagnes et de forêts. La Corée du Sud est en pleine transition démographique, ce qui est normal pour un pays qui s'industrialise seulement depuis le début des années 1960 et dont la population est devenue urbaine à 80 % (1999). La natalité est assez faible (15 ‰) et la mortalité est tombée à 6,2 ‰. Avec un taux de fécondité de 1,5 enfant par femme, l'accroissement naturel s'est ralenti et la population a commencé à vieillir. Les moins de 25 ans représentent encore 21 % de la population et les plus de 65 ans, 6 %. L'espérance de vie est de 76 ans : les marques de la pauvreté des années de guerre et de l'immédiat après-guerre sont de moins en moins sensibles.

Le décollage économique sud-coréen ne date, en effet, que de 1961, avec l'arrivée au pouvoir de Park Chung-hee et le lancement, en 1962, du premier plan quinquennal. Entre 1961 et 1989, le P.N.B. sud-coréen en dollars courants a été multiplié par 75. En 1997, il a dépassé les 476 milliards de dollars, soit 10 155 dollars par habitant et par an, mais a chuté en 1998 à 321 milliards de dollars, avant de remonter légèrement l'année suivante à 398 milliards de dollars. La Corée du Sud est devenue l'un des principaux « dragons asiatiques », son P.I.B. la situant au 13e rang mondial. En revanche, si l'on établit l'indice de développement humain, suivant les paramètres proposés par l'Indien Amartya Sen – prix Nobel d'économie en 1998 –, le pays rétrograde à la 29e place, ce mode de calcul soulignant bien la fragilité du succès sud-coréen.

3. La révolution industrielle sud-coréenne

Alors que la croissance du P.I.B., aux lendemains de la désastreuse guerre de Corée, n'était que de 3,9 % par an, l'économie du pays s'est depuis relevée, à l'exception du secteur primaire dont les taux de croissance n'ont pas évolué (moyenne de 3,6 % par an). L'agriculture, qui occupe 12 % des actifs, ne fournit que 5 % du P.I.B. (en 1961, elle employait 65 % de la population active et fournissait 45 % du P.I.B.). Actuellement, 8 500 000 paysans cultivent, avec engrais et motoculteurs, un peu plus de 2 millions d'hectares. La pêche complète le secteur alimentaire, mais la Corée du Sud doit importer près de la moitié de sa consommation de céréales. Le pays n'est pas mieux loti en ce qui concerne l'énergie. Il consommait, en 1960, 3,5 millions de tonnes d'équivalent pétrole (tep), fournies par une petite production locale de houille. La consommation d'énergie est passée, dans les années 1990, à 60 millions de tep, dont un tiers d'origine nucléaire. Avec une consommation de 3,8 tep par an et par habitant, la Corée du Sud dispose de quatre fois plus d'énergie que la Chine, mais de douze fois moins que la France.

C'est le secteur secondaire – l'industrie, avec 28 % des emplois actifs et 43 % du P.I.B. – et le secteur tertiaire – les services, avec 60 % des emplois et 50 % du P.I.B. – qui ont assuré la spectaculaire croissance du pays. Cette dernière s'est maintenue dans le secteur tertiaire autour de 8,9 % par an. Dans l'industrie, elle s'est située à 14,4 % entre 1962 et 1966, puis entre 18 et 20 % pendant les deuxième et troisième plans quinquennaux (1967-1976) ; elle est retombée autour de 10 % entre 1977 et 1986 pour dépasser à nouveau les 15 % par la suite. Sixième producteur mondial d'acier et d'automobiles, la Corée du Sud occupe le deuxième rang pour les constructions navales. Elle est également l'un des grands fabricants mondiaux de semi-conducteurs. La qualité de sa main-d'œuvre, due à un système d'éducation efficace (la Corée du Sud compte seulement 2 % d'illettrés, et 52 % des diplômés du secondaire vont à l'université), est pour beaucoup dans ces succès. Autre facteur décisif : le système qualifié de « modèle capitaliste d'État », reposant sur une vingtaine de puissants conglomérats, les chaebols – Hyundai, Samsung, Daewoo, Lucky Goldstar, Kia, etc. –, qui structurent les activités économiques à leur profit, avec l'aide de la puissance publique. Ces entreprises familiales possèdent des milliers de filiales, emploient des dizaines de milliers de salariés, et leurs liens multiples avec le monde politique leur ont permis de bénéficier de crédits bancaires quasi illimités, notamment durant les longues années de dictature militaire. Certaines d'entre elles sont parties à la conquête du monde, avec des succès initiaux spectaculaires et quelques échecs : Hyundai s'est associée à McDonnell-Douglas, en 1995, pour la construction d'un avion de 100 places, Samsung a tenté de racheter Fokker, et Daewoo Electronics s'est porté acquéreur de Thomson Multimédia. La quasi-inexistence de politique sociale semblait, jusqu'à ces dernières années, ne pas poser de problème : groupés dans une puissante centrale syndicale officielle, qu'aiguillonne une centrale concurrente non reconnue, mais très active, les ouvriers, profitant d'une relative libéralisation du régime, ont obtenu par la grève et la négociation des hausses de salaire de 15 % durant les années 1990. La conjoncture était alors favorable aux salariés, le chômage représentant moins de 3 % des actifs et l'inflation, de 5 %, encourageant le recours au crédit – ce qui soutenait la consommation intérieure. En 1999, Daewoo, l'un des grands conglomérats (ou chaebols), symboles de la réussite économique du pays pendant ses « trente glorieuses » a rejoint le giron de General Motors.

4. Une croissance retrouvée

Après une période de restructuration industrielle et après avoir été fragilisée par la crise régionale de 1997-1998, la Corée du Sud a retrouvé, dans les années 2000, un rythme élevé de croissance. En 2007, les quatre principaux conglomérats sont Samsung (électronique), LG (électronique, téléphonie mobile), SK (industrie, chimie, télécommunications) et Hyundai (resté aujourd'hui le seul constructeur de voitures du pays).

De nouveau fragilisée par la crise mondiale en 2007-2008, l'économie sud-coréenne conserve un dynamisme remarquable.

HISTOIRE

1. La Corée de l'Antiquité à 1953

→ Corée.

2. L'ère Park Chung-hee

Après la signature de l'armistice (27 juillet 1953), la Corée du Sud sort très affaiblie de la guerre et voit s'échapper l'espoir de la réunification. L'aide financière américaine, souvent détournée de son objet, ne parvient pas à sortir le pays de ses difficultés. Parallèlement, les méthodes autoritaires de Syngman Rhee (Lee Sung-man) lui attirent l'inimitié de la population. Réélu en mars 1960, il est renversé un mois plus tard à la suite d'émeutes d'étudiants et doit quitter le pays. Une nouvelle Constitution, de caractère parlementaire, est élaborée, donnant naissance à la IIe République.

Toutefois, ni le nouveau président, Yun Po-son, ni le Premier ministre, Chang Myon, ne peuvent réaliser l'unité indispensable au redressement du pays. La dégradation de la situation incite une junte militaire à s'emparer du pouvoir (16 mai 1961). Le gouvernement Chang doit démissionner, mais Yun Po-son est maintenu dans ses fonctions. Le chef de la junte, puis du gouvernement, Chang Do-yon, ne garde le pouvoir que cinquante jours. Il est remplacé par le général Park Chung-hee (Pak Chong-hui), qui consolide peu à peu son pouvoir et fait approuver en décembre 1962 l'établissement d'un régime présidentiel. Après avoir démissionné de l'armée, Park Chung-hee se présente à l'élection présidentielle et, grâce aux divisions de l'opposition, est élu (décembre 1963). Pour former le gouvernement, il s'appuie sur le parti démocratique républicain, qui emporte 110 sièges sur 175 aux élections de novembre 1963.

Sur le plan extérieur, le 21 février 1965, un traité est signé à Séoul entre la Corée et le Japon. Ce traité, qui normalise les relations entre les deux pays, suscite une vive agitation, en particulier chez les étudiants. Au début de cette même année, la Corée envoie un premier contingent de 2 000 hommes au Viêt Nam du Sud.

Mais, à l'intérieur, les difficultés s'accroissent. Un nouveau parti démocrate est créé le 7 février 1967, qui a pour leader Yun Po-son. Le gouvernement procède à l'arrestation arbitraire d'une centaine de membres de l'opposition. En mai 1967, Park Chung-hee est pourtant réélu à la présidence de la République avec une confortable majorité. Les élections législatives suivantes assurent à son parti les trois quarts des sièges à la Chambre des représentants. Les fraudes, lors de ces élections, suscitent une vive agitation qui incite le président à exclure du parti gouvernemental plusieurs députés irrégulièrement élus. En novembre 1967 a lieu le procès d'opposants qui ont été enlevés par les services secrets sud-coréens en juin dans plusieurs pays étrangers, en particulier en Allemagne de l'Ouest et en France, ce qui soulève des difficultés avec ces deux pays. Le 14 septembre 1969, le président Park Chung-hee fait adopter par le Parlement, en l'absence de l'opposition, un amendement constitutionnel lui permettant de solliciter un troisième mandat présidentiel. Un référendum (17 octobre 1969) consacre sa victoire. Le 27 avril 1971, il est réélu à la présidence de la République malgré la campagne de Kim Dae-jung, principal candidat de l'opposition. Un mois plus tard, son parti remporte les élections législatives. Bien que Park Chung-hee décrète, le 6 décembre 1971, l'état d'urgence pour prévenir une invasion nordiste et repousse, en janvier 1972, un traité de paix, les négociations avec Pyongyang se poursuivent et aboutissent, le 4 juillet 1972, à un accord qui met fin à l'état de belligérance. Interrompues par la suite à plusieurs reprises, ces négociations n'auront guère de résultats concrets. Le 17 octobre 1972, le président Park proclame la loi martiale pour réformer les structures politiques, suspend la Constitution, dissout l'Assemblée nationale et interdit les activités des partis politiques. Une nouvelle Constitution, dite « du renouveau », qui accorde au président un pouvoir considérable et lui permet de créer une Conférence nationale pour la réunification placée au-dessus du Parlement, est massivement approuvée par référendum le 21 novembre 1972. La nouvelle Assemblée nationale, dominée par le parti républicain du Peuple, tient sa séance d'ouverture le 12 mars 1973. Kim Jong-pil est élu Premier ministre. Face au développement de l'opposition, le gouvernement engage à partir de janvier 1974 une politique de répression (multiplication des procès politiques, publication de décrets d'exception, arrestation de Kim Dae-jung au Japon). En février 1975, le président Park organise un référendum destiné à cautionner sa politique. Les élections de 1978 lui confient un nouveau mandat. Cependant, la « démocratie dirigée » devient de plus en plus pesante à une population dont la liberté est limitée au nom du développement économique, par ailleurs remarquable à bien des égards, et de la lutte anticommuniste. Park Chung-hee est assassiné le 26 octobre 1979 par Kim Chae-kyu, directeur du service central de renseignements.

3. La lente libéralisation du régime, dans un contexte de crise (1979-1993)

Choe Kyu-ha, qui avait remplacé Kim Jong-pil comme Premier ministre (décembre 1975), est élu président de la République (décembre 1979).

L'assassinat de Park Chung-hee confirme que, en 1979, malgré un décollage économique qui durait depuis près de deux décennies et qui avait permis la naissance d'une classe moyenne désireuse de libertés et de garanties contre l'arbitraire, les vieux démons habitent toujours les sphères du pouvoir, accaparé par des politiciens et des militaires corrompus, entourés de leurs clients et de leurs hommes de main. En mai 1980, à Kwangju, des manifestations d'étudiants pour la démocratie sont écrasées dans le sang par l'armée et la police politique du président Choe Kyu-ha. Sous la présidence du général Chun Doo-hwan, élu en août 1980, puis du général Roh Tae-woo – le premier à être élu au suffrage universel, en décembre 1987, avec 36,6 % des voix –, une évolution s'amorce. Elle se précise, en 1990, avec la création d'un parti démocrate-libéral, inspiré du modèle japonais, qui unit Roh Tae-woo à l'opposant de toujours aux militaires, Kim Young-sam, et au centriste Kim Jong-pil, hommes proches des milieux d'affaires et des Japonais. La signature en 1991 d'un pacte de non-agression et de réconciliation entre les deux Corées, dans la foulée de leur admission à l'ONU, est toutefois suivie d'une détérioration de leurs relations dès l'année suivante.

4. La consolidation de la démocratie (1993-)

4.1. De Kim Young-sam à Kim Dae-jung (1993-2003)

En 1993, Kim Young-sam devient président de la République. Il cherche à mettre en pratique son programme électoral de démocratisation et d'épuration : 3 000 politiciens sont traduits en justice ; les deux anciens présidents Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo sont envoyés en prison pour malversations – ce dernier reconnaissant avoir détourné 650 millions de dollars pendant son mandat. Cependant, le président Kim Young-sam est lui aussi éclaboussé par le scandale. Un nouveau président, Kim Dae-jung, autre opposant de toujours aux militaires, est élu en décembre 1997 sur un programme de lutte contre la corruption. Il est aussitôt confronté à la crise asiatique et doit faire face aux tensions sociales aiguës et à la résistance des chaebols aux démantèlements sectoriels. Malgré sa forte progression, le parti démocrate du Millénaire (PDM) – le parti du président – est devancé, aux élections législatives de 2000, par le principal parti d'opposition, le grand parti de la Nation (GPN), ce qui le contraint à trouver des alliés pour la formation d'un nouveau gouvernement.

4.2. Les tentatives de rapprochement avec la Corée du Nord

Kim Dae-jung met en œuvre une politique de réconciliation et de coopération avec la Corée du Nord (politique dite du « Rayon de soleil »), dont le résultat le plus remarquable est une rencontre au sommet organisée à Pyongyang en juillet 2000, au terme de laquelle apparaît, pour la première fois depuis 1953, une réelle perspective de réunification de la péninsule. Les efforts de Kim Dae-jung, ainsi que son action en faveur de la démocratie et des droits de l'homme dans son propre pays, sont récompensés, la même année, par le prix Nobel de la paix. Mais l'arrivée au pouvoir, début 2001, de George Walker Bush, partisan d'une attitude de fermeté vis-à-vis de Pyongyang, et, surtout, l'immobilisme du Nord-Coréen Kim Jong-il mettent un coup d'arrêt au processus, diversement entravé. En septembre, l'opposition, soutenue par l'Union libérale démocrate – pourtant partenaire de la coalition gouvernementale – vote une motion de censure à l'encontre du ministre de la Réunification, Lim Dong-won, le principal artisan de la politique de réconciliation, provoquant une démission en bloc des ministres du gouvernement. La défaite du PDM aux élections partielles d'octobre 2001 entraîne la démission de Kim Dae-jung de sa présidence. Les nouvelles mesures de sécurité prises par Séoul après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis provoquent un nouveau raidissement de Pyongyang, qui y voit une menace potentielle. Enfin, la rhétorique belliqueuse de G. W. Bush, qui, après avoir stigmatisé la RPDC en la traitant d'« État voyou », inclut celle-ci dans un « axe du Mal » (discours sur l'état de l'Union de janvier 2002), ne contribue guère à l'apaisement dans la péninsule.

4.3. Roh Moo-hyun (2003-2008)

L'élection présidentielle du 19 décembre 2002 – qui se déroule dans un contexte régional très tendu à la suite de la décision de la Corée du Nord de relancer son programme nucléaire – est remportée par le candidat du PDM, Roh Moo-hyun (48,9 % des voix). Cet ancien avocat, défenseur des droits de l'homme, se montre soucieux de promouvoir une meilleure justice sociale. Mais après une courte période de grâce et malgré une réelle volonté de réforme, le président ne parvient pas à mettre en œuvre les mesures nécessaires, combattues par l'opposition majoritaire à l'Assemblée. Fragilisé par les scandales touchant certains de ses proches collaborateurs et par une chute de sa cote de popularité, isolé sur la scène parlementaire à la suite d'une scission du PDM (qu'il a lui-même quitté en septembre), Roh Moo-hyun est destitué le 12 mars 2004 par le Parlement pour « infraction à la loi électorale » : ayant rallié le GPN à son offensive, le PDM accuse le chef de l'État d'avoir apporté son soutien en période électorale au nouveau parti progressiste Uri, formé en 2003 de dissidents du PDM. Dans l'attente d'une décision de la Cour constitutionnelle, le président est remplacé par le Premier ministre Goh Kun ; ses partisans organisent des manifestations de protestation et qualifient cette destitution de « coup d'État ». Les élections législatives du 15 avril sont remportées par le parti Uri, qui, avec 152 députés sur 299, détient la majorité absolue ; le GPN n'a plus que 121 sièges, tandis que le PDM, passant de 61 sièges à 9, est laminé ; le parti démocrate du Travail, une petite formation de gauche, obtient 10 sièges et devient la troisième formation politique du pays. Le 14 mai, Roh Moo-hyun est rétabli dans ses fonctions de chef de l'État par la Cour consitutionnelle. En avril 2006, la nomination d'une femme à la tête du gouvernement – une première dans l'histoire du pays – ne parvient pas à enrayer le déclin du soutien au président. En proie à de fortes tensions internes entraînant plusieurs défections dans ses rangs, le parti Uri perd la majorité à l'Assemblée aux élections locales de mai ; la mise en œuvre des réformes est compromise.

Sur le plan extérieur, Roh Moo-hyun poursuit la politique de rapprochement avec la Corée du Nord initiée par son prédécesseur, Kim Dae-jung. Baptisée « politique de paix et de prospérité », elle se traduit par de réelles avancées telles qu'une aide humanitaire bilatérale, la création de la zone industrielle de Kaesong (Corée du Nord) rassemblant travailleurs Nord- et Sud-coréens (2003), l'établissement d'une ligne téléphonique directe entre les deux pays ou encore la célébration conjointe de leur libération de la colonisation japonaise (août 2005). Séoul lie, notamment, tout nouveau projet de coopération à des progrès dans le processus de règlement de la crise nucléaire nord-coréenne engagé depuis août 2003 à l'initiative de la Chine et réunissant, outre les deux Corées, les États-Unis, la Russie, le Japon et la Chine. Condamné par la résolution 1718 du Conseil de sécurité de l'ONU, l'essai nucléaire nord-coréen du 9 octobre 2006 porte un coup sérieux la politique de réconciliation intercoréenne. Séoul se résout à sanctionner son voisin du Nord. Simultanément, la nomination de Ban Ki-moon, un des artisans de l'ouverture à la Corée du Nord, au poste de secrétaire général de l'ONU, apparaît comme un signe de bonne augure. Accueillant favorablement l'accord conclu le 13 février 2007 dans le cadre des « pourparlers à six » et par lequel Pyongyang s'engage à désactiver son programme nucléaire (notamment sa centrale de Yongbyon), Séoul reprend son aide, énergétique et humanitaire.

Les relations avec les États-Unis, l'allié historique, connaissent des tensions. Outre les divergences profondes entre Washington et Séoul vis-à-vis de Pyongyang, se fait jour le désir d'une plus large autonomie de décision de la part du gouvernement sud-coréen. Celui-ci s’emploie, notamment, à conclure des négociations sur la récupération du commandement militaire sur les troupes américaines basées en Corée du Sud en cas de guerre dans la péninsule. De leur côté, les États-Unis procèdent au retrait partiel et planifié de leurs troupes. Les relations avec le Japon pâtissent de la résurgence de différends hérités du passé : la revendication de part et d'autre des îles Tokdo, la mise à jour de manuels scolaires nippons édulcorant les violences infligées aux Coréens durant l'occupation japonaise ou encore les pèlerinages répétés du Premier ministre Junichiro Koizumi au sanctuaire de Yasukuni, où sont honorés des criminels de guerre.

Pour en savoir plus, voir l'article histoire du Japon.

4.4. Lee Myung-bak (2008-2013)

La nette victoire du candidat du GPN, Lee Myung-bak, élu le 19 décembre 2007 à la présidence de la République avec 48,7 % des suffrages devant Chung Dong-young (26,1 %) du parti Uri, traduit, après dix années de pouvoir exercé par le centre gauche, l'aspiration de la population à une alternance politique. Conforté par la victoire de son parti, qui obtient la majorité absolue aux élections législatives du 9 avril 2008, cet ancien P-DG de Hyundai entré en politique en 1992, dispose des moyens de mettre en œuvre le virage à droite auquel il s'est engagé avec pour objectifs le redressement d'une économie affectée par un taux élevé de jeunes chômeurs, un resserrement des liens avec les États-Unis et un durcissement à l'égard de la Corée du Nord.

Les premières décisions du nouveau chef de l'État, et notamment la réouverture du marché sud-coréen aux importations de viande de bœuf américain (suspendues en 2003 à la suite de l'apparition de plusieurs cas de maladie de la vache folle) provoquent, en mai, une vague de protestations dans tout le pays, et le 10 juin, la démission en bloc du gouvernement de Han Seung-soo qui procède à un remaniement ministériel. Alors que sa popularité est en forte chute, le président doit faire face fin 2008 à la crise économique internationale, qui touche de plein fouet la Corée, victime notamment d'une chute de ses exportations et d'une forte baisse de sa monnaie, et à une crise politique intérieure. En effet, ne disposant que de 87 sièges sur 299 à l'Assemblée, le Parti démocratique (à la tête d’une opposition recomposée après la dissolution du parti Uri) engage un véritable siège de la chambre, occupant notamment le bureau de son président pendant 15 jours, pour tenter d'empêcher l'adoption de 85 mesures, parmi lesquelles figurent la ratification du traité de libre-échange avec les États-Unis, l'interdiction des plaintes collectives ou la décision de recourir à la prison ferme pour les internautes reconnus coupables de diffamation. En août 2010, après le bref intermède du Premier ministre Chung Un-chan (septembre 2009-juillet 2010) et un revers du GPN aux élections locales en juin (conforté toutefois à l’Assemblée à la suite d’élections partielles), un remaniement gouvernemental d’envergure est décidé par le président Lee mais 3 titulaires, dont le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères, ne présentant pas les garanties d’intégrité exigées sont écartés lors des auditions parlementaires. C’est finalement Kim Hwang-sik, président de la Cour de Comptes et ancien juge de la Cour Suprême qui prend la tête du gouvernement en octobre après avoir obtenu l’approbation de l’Assemblée nationale.

À l’issue des élections législatives d’avril 2012 remportées de justesse par le GPN (rebaptisé parti de la Nouvelle Frontière), alors que l’opposition menée par le parti démocratique unifié progresse de 46 sièges, le Premier ministre sortant est reconduit dans ses fonctions. L’une des premières mesures du gouvernement est la mise en application de l’accord de libre-échange signé en mars avec les États-Unis tandis qu’une libéralisation des échanges avec la Chine et le Japon est également prônée.

Sur le plan international, la situation se tend entre la Corée du Sud et ses voisins japonais et coréen du Nord. Ainsi, en juillet 2008, ripostant à la recommandation du ministère japonais de l'Éducation de mentionner dans les manuels scolaires comme faisant parties du territoire nippon les îles – baptisées Takeshima au Japon, Dokdo en Corée du Sud –, la Corée du Sud rappelle son ambassadeur à Tokyo et annonce vouloir renoncer au principe d'une « diplomatie apaisée » avec son voisin. Vis-à-vis de la Corée du Nord, l'arrivée au pouvoir de Lee Myung-bak se traduit par l'arrêt de la politique de rapprochement menée par ses prédécesseurs de centre gauche, avec la nomination d'un partisan de la ligne dure, Hyun In-taek, au poste de ministre de l'Unification. En réaction, la Corée du Nord annonce en janvier 2009 qu'elle met fin à tous les accords passés avec la Corée du Sud, en 2000 et 2007, et au pacte de non-agression et de réconciliation de 1991. En 2010, les relations entre les deux pays se détériorent encore à la suite du torpillage (en mars) d’un navire de guerre sud-coréen par un sous-marin nord-coréen, une « attaque » niée par Pyongyang mais condamnée à l’unanimité – sans être attribuée officiellement à la Corée du Nord – par le Conseil de sécurité de l’ONU.

La mort de Kim Jong-il en décembre 2011 et l’accession au pouvoir de son fils Kim Jong-un ouvre une nouvelle phase très incertaine dans les relations intercoréennes. Après une tentative ratée en avril 2012, le lancement réussi d’un satellite nord-coréen en décembre – qui serait en fait un essai de tir déguisé de missile balistique intercontinental – puis l’annonce triomphale d’un troisième test nucléaire le 12 février 2013, ravivent les tensions entre les deux pays.

4.5. Park Geun-hye (2013-)

C’est dans ce contexte que Park Geun-hye, fille de l’ancien président Park Chung-hee et candidate du parti de la Nouvelle Frontière, est élue à la présidence de la République en décembre 2012 avec 51,6 % des voix devant Moon Jae-in du parti démocratique unifié. Première femme à accéder à ce poste, la présidente entre en fonctions le 25 février 2013.

Favorable comme son prédécesseur à une politique de fermeté à l’égard de la Corée du Nord et souhaitant un renforcement de l’alliance stratégique entre son pays et les États-Unis, la présidente réserve sa première visite diplomatique à B. Obama et à John Kerry, en mai, avant de se rendre en Chine le mois suivant. Outre la coopération économique, les tensions alors particulièrement vives dans la péninsule sont au cœur de ces rencontres.

Le développement de projets communs, à l’instar de la zone industrielle intercoréenne de Kaesong, et la reprise de l’aide humanitaire (suspendue depuis les incidents de mars 2010) sont cependant souhaités afin de rétablir la confiance mutuelle entre les deux Corées sans préjudice des impératifs de sécurité. En témoigne, en juin 2015, le premier tir d’essai d’un missile balistique sud-coréen depuis que le pays a obtenu, en 2012, l’accord des États-Unis pour augmenter la portée de son armement et les capacités de ses drones, afin de faire face aux menaces de son voisin, réitérées en janvier-février 2016.

Outre le resserrement de l’alliance politico-militaire avec Washington et des liens économiques avec la Chine (accord de libre-échange finalement signé le 1er juin 2015), les relations avec le Japon tendent aussi à s’apaiser à l’occasion des 50 ans du traité nippo-sud-coréen, célébré dans les ambassades respectives des deux États le 22 juin. Les intérêts stratégiques communs sont ainsi mis en avant pour qu’ils l’emportent sur les contentieux historiques et territoriaux, une évolution vivement souhaitée par les États-Unis.

Cependant, au cours de l’automne 2016, accusée d’avoir couvert les intrigues de sa confidente Choi Soon-sil, la Présidente est impliquée dans un scandale de corruption et de passe-droits qui provoque d’importantes manifestations dans le pays pour exiger sa démission. Le 9 décembre, elle est destituée par le Parlement et le Premier ministre assume provisoirement la fonction présidentielle, dans l’attente d’une décision définitive de la Cour constitutionnelle.