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Laos

en lao Lao

Nom officiel : République démocratique populaire lao

Carton de situation - Laos
Drapeau du Laos
Drapeau du Laos

État d'Asie du Sud-Est, le Laos se situe dans la péninsule indochinoise ; il est limité au nord par la Chine, au nord-est et à l'est par le Viêt Nam, au sud par le Cambodge, à l'ouest par la Thaïlande et au nord-ouest par la Birmanie.

  • Superficie : 236 800 km2
  • Nombre d'habitants : 6 770 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Laotiens
  • Capitale : Vientiane
  • Langue : lao
  • Monnaie : kip
  • Chef de l'État : Bougnang Vorachith
  • Chef du gouvernement : Thongloun Sisoulith
  • Nature de l'État : république, régime socialiste
  • Constitution :
    • Adoption : 14 août 1991
Pour en savoir plus : institutions du Laos

GÉOGRAPHIE

Couvert par la forêt (surtout) et la savane, le Laos est un pays enclavé, étiré entre le Viêt Nam et la Thaïlande. Il est formé de plateaux et de montagnes recevant des pluies en été (mousson). Ces régions sont traversées par le Mékong, qui a édifié quelques plaines alluviales, où se cultive le riz (base de l'alimentation). Le Laos dispose d'importantes ressources minières. L’hydroélectricité, destinée notamment à l’exportation, constitue un atout majeur (barrage Nam Theun). Le tourisme se développe. Le Viêt Nam et la Chine investissent dans le pays.

1. Le milieu naturel

Le Laos, surnommé le « pays du million d'éléphants », possède un relief montagneux. Le haut Laos est un pays élevé drainé par le Mékong supérieur et son affluent le Nam Hou, seules voies de pénétration relativement faciles dans cette région accidentée, où le plateau gréseux et granitique du Trân Ninh atteint 2 817 m au mont Bia (point culminant du Laos). Mais le Trân Ninh est aussi accidenté de plaines d'effondrement, telle la plaine des Jarres, qui s'ouvre vers le sud. Le moyen et le bas Laos, sur le versant ouest de la cordillère Annamitique, sont formés de plateaux calcaires fortement karstifiés (Kebang, Khammouane) ou gréseux, souvent recouverts de basalte plioquaternaire (Kasseng, Boloven).

Le Laos est soumis à la mousson qui apporte des pluies abondantes (de 1 500 à 3 000 mm) de mai à septembre, alors que l'hiver est sec et frais (10 °C en janvier à Vientiane). Leur irrégularité selon les années provoque de fréquentes inondations ou sécheresses. La végétation primaire a disparu par la pratique du ray (culture sur brûlis) ; lui ont succédé une savane sur les sommets, une forêt secondaire dense sur les versants ou une forêt claire à diptérocarpacées sur les sols pauvres latéritiques. Le Mékong, peu utile en raison de ses rapides et de son débit irrégulier, attire cependant dans sa vallée l'essentiel des hommes.

2. La population

Sous-peuplé (24 habitants par km2), surtout dans les zones montagneuses, le Laos comprend quatre grands groupes ethnolinguistiques. Les Laos, apparentés aux Thaïs de Thaïlande et venus de Chine du Sud dès le ve s., occupent la vallée du Mékong et les plaines. Ils représentent environ 50 % de la population. Les Austro-Asiatiques, montagnards appelés Khas (« sauvages », « esclaves ») par les Laos, sont les plus anciens habitants du pays (35 % de la population) ; ils pratiquent la culture sur brûlis, comme les Yaos et les Miaos (10 % de la population), venus de Chine ou du Viêt Nam au xixe s. Les importantes minorités urbaines vietnamiennes et chinoises ont connu l'exode après 1975.

Le bouddhisme est la religion dominante du Laos, mais l'animisme y est également très répandu, surtout parmi les montagnards. Faiblement urbanisée, la population est rassemblée, pour les deux tiers, dans les vallées et les plaines, qui ne représentent pourtant que un tiers du territoire. Son taux d'accroissement annuel (2,3 %) est comparable à celui des pays voisins, bien que ses taux de natalité et de mortalité infantile (due à la malnutrition) soient plus élevés. Historiquement habituée aux déplacements de populations – déportation des vaincus sur le territoire des vainqueurs –, la population du Laos a subi, entre 1960 et 1980, d'importants mouvements d'émigration liés à la guerre du Viêt Nam et à l'instauration du régime communiste.

3. L'économie

L'agriculture occupe 80 % des actifs et représente 53 % du P.I.B. La riziculture, pratiquée de manière extensive et peu compétitive (2,1 millions de tonnes par an), en est le secteur dominant. Ressource traditionnelle, l'élevage de bœufs et de porcs avait régressé, mais il connaît depuis quelques années un nouvel essor. D'autre part, la cueillette de la cardamome et des gommes ainsi que la culture du café et du coton pourraient permettre de limiter la culture du pavot. La forêt (47 % du territoire) fournit de grosses recettes d'exportation, mais souffre d'un abattage excessif.

Les ressources minières (étain, fer de Xieng Khouang, cuivre, houille, manganèse, or, émeraudes, saphirs, gypse) restent difficiles d'accès, mais commencent à intéresser les investisseurs. Quant à l'énorme potentiel hydroélectrique, il est encore sous-exploité, malgré de nombreux projets, même si l'électricité, achetée par la Thaïlande, constitue la principale exportation. Malgré le développement d'une industrie manufacturière d'exportation (confection), le Laos reste un pays pauvre, avec un revenu annuel par habitant en parité de pouvoir d'achat de l'ordre de 1 700 dollars. Toujours tributaire de l'aide extérieure, il est relativement endetté.

4. Les politiques économiques

L'économie a souffert de politiques de développement trop précipitées quand, de 1975 à 1979, la production a été collectivisée contre la volonté de la population. La baisse de la production du riz a d'abord amené l'État laotien, entre 1979 et 1986, à un assouplissement de la collectivisation. Puis, à partir de 1986, le « nouveau mécanisme économique » libéralise et modernise progressivement l'économie socialiste, favorisant la croissance du secteur privé. Les résultats sont positifs – entre 1986 et 1995, le P.N.B. est multiplié par trois, les échanges extérieurs par quatre –, mais doivent être nuancés : le secteur rizicole reste peu performant, les communications intérieures, difficiles, le déficit commercial et la dette extérieure, en augmentation constante. Membre de l'ASEAN depuis juillet 1997, le Laos entend dépasser son rôle traditionnel d'État tampon entre le Viêt Nam et la Thaïlande, afin de devenir un carrefour pour les pays d'Asie du Sud-Est continentale et le sud de la Chine, la circulation étant actuellement facilitée par la construction de plusieurs ponts sur le Mékong. Mais cette inscription dans l'économie régionale n'a pas que des avantages, comme l'a rappelé la crise asiatique de 1997, qui a durement touché le Laos, fortement dépendant du commerce avec la Thaïlande.

HISTOIRE

1. Les anciens royaumes

1.1. Des origines au xiiie siècle

La plus grande partie du territoire occupé aujourd'hui par le Laos appartient jusqu'au xiiie siècle au royaume du Cambodge, qui y introduit la civilisation indo-khmère. À la fin du xiiie siècle, le royaume thaï de Sukhothai étend sa domination vers l'est jusqu'à Luang Prabang et Vientiane (ou Vieng Chan).

1.2. Le royaume de Lan Xang (xive-xixe siècles)

Fa Ngum (1353-1373)

La formation d'un État laotien indépendant, le royaume de Lan Xang (« Million d'éléphants »), est favorisée par l'affaiblissement du Sukhothai au milieu du xive siècle. Elle est due au prince Fa Ngum, fils d'un chef thaï du haut Mékong qui a trouvé refuge à la cour d'Angkor, où il a épousé une princesse khmère. Entre 1340 et 1350, Fa Ngum prend le commandement d'une armée khmère et se fait sacrer roi à Luang Prabang (1353), puis revient occuper Vientiane. Il étend ses possessions jusqu'au Yunnan et au nord-est du Siam, et favorise l'introduction du bouddhisme cinghalais.

Phya Sam Sen Thai (1373-1416)

Son fils, qui lui succède en 1373 et qui dote le pays d'une puissance militaire, est connu sous le nom de Phya Sam Sen Thai (« le Seigneur des trois cent mille Thaïs »), le recensement qu'il organise en 1376 ayant permis de chiffrer la population du royaume. Sa mort (1416) est suivie d'une période d'instabilité, dont profite l'empereur d'Annam Lê Thanh Tong, qui prend Luang Prabang (1479).

Pothisarat (1520-vers 1548

En 1520, Pothisarat accède au trône. Il relève le pays de ses ruines, étend son influence sur le Lan Na (1548), d'où il ramène le bouddha d'émeraude et qui est installé à Vientiane, nouvelle capitale en 1563. Il guerroie contre Ayuthia, capitale du Siam. Sa disparition (vers 1548) est suivie d'une attaque des Birmans, qui prennent Vientiane (1574) et imposent leur suzeraineté.

Setthathirath (vers1548-1571)

Le roi Setthathirath n'a pas réussi à protéger le pays, en dépit de son alliance avec le Siam ; sous son règne, le bouddha d'émeraude est enchâssé dans le temple du That Luang (1566). La mort prématurée de Setthathirath permet aux Birmans d'occuper le pays, tandis que se poursuit une longue période d'anarchie, qui prendra fin avec l'arrivée sur le trône de Souligna Vongsa (Suliyavongsa).

Souligna Vongsa (1637-1694)

Ce souverain, qui règne cinquante-sept ans, rétablit la paix dans le royaume et assure de bonnes relations avec l'Annam ; il épouse une princesse vietnamienne, et les deux pays fixent leur frontière. Sous son long règne, le Laos reçoit la visite d'Européens, parmi lesquels le commerçant hollandais Gerrit Van Wuysthoff (1641) et le jésuite italien Leria (1641-1647). La mort de Souligna Vongsa (1694) entraîne entre ses descendants une querelle qui va mettre fin à l'unité et à l'indépendance du Laos pour plus de deux siècles.

Les royaumes de Vientiane, de Luang Prabang et de Champassak

Ainsi voient le jour au début du xviiie siècle les royaumes de Vientiane, de Luang Prabang et de Champassak. Ce dernier passera vite sous la suzeraineté siamoise. Celui de Luang Prabang, affaibli par ses rivalités avec Vientiane, est envahi par les Birmans (1753) au cours de leur campagne contre le Siam, puis mis à sac une seconde fois (1771). Le royaume signe un traité d'alliance avec le Siam trois ans plus tard, puis est contraint de reconnaître la suzeraineté de Bangkok (1778), réaffirmée en 1836.

Allié de la Birmanie (1753), le royaume de Vientiane est envahi par les Siamois en 1778 ; le pays et la capitale sont pillés, le bouddha d'émeraude est ramené à Bangkok. Vientiane passe à son tour sous la suzeraineté siamoise. Le roi Anou, qui règne de 1805 à 1828, et qui a été placé sur le trône par les Siamois, tente de secouer cette tutelle. Il obtient d'abord de Bangkok pour son fils le trône de Champassak, où il vient d'écraser une révolte des tribus khas (1819). En 1826, croyant le Siam menacé par la guerre anglo-birmane, il marche sur Korat et Bangkok. Il est arrêté par le général Bodin, qui contre-attaque et s'empare de Vientiane (1827). La ville est pillée, ses habitants déportés ; le royaume devient province siamoise. Anou se réfugie à la cour de Huê, dont il a reconnu la suzeraineté depuis 1806 ; il tente de reprendre le pouvoir, puis décide de se rendre en Chine. En chemin, un prince local le livre aux Siamois, qui l'emprisonnent à Bangkok, où il mourra (1835).

Pendant cette période, l'empire d'Annam, en état d'hostilité permanente avec le Siam, étend son influence sur le Nord-Est du Laos. Vers 1840, arrivent au Laos, venant de Chine, les premiers montagnards miaos (ou hmongs). Ils sont suivis, une vingtaine d'années plus tard, par les Hos, pirates chinois issus de la révolte des Taiping.

2. La colonisation française

En 1861, le roi Tiantha Koumane accueille à Luang Prabang le Français Henri Mouhot, qui a retrouvé, l'année précédente, les temples d'Angkor. L'expédition de Doudart de Lagrée, chargée de remonter le Mékong, arrive à son tour à Luang Prabang en 1867. Monté sur le trône peu après, Oun Kham doit accepter l'intervention militaire du Siam, qui cherche à annexer son royaume et à prévenir l'établissement de l'influence française. Après l'instauration du protectorat français sur l'Annam (1883), le Siam envoie de nouvelles troupes, qui poussent jusqu'au Tonkin (1885). Les protestations de Huê, qui demande à la France de sauvegarder ses droits au Laos, aboutissent à la nomination d'un vice-consul à Luang Prabang ; Auguste Pavie mettra plus d'un an à rejoindre son poste en raison de l'hostilité siamoise. Il aide Oun Kham à défendre sa capitale contre les Pavillons-Noirs de Deo Van Tri ; le roi demande alors le protectorat de la France. Celle-ci amènera le Siam à renoncer à la rive gauche du Mékong et à reconnaître le protectorat français, par les traités de 1893, 1902 et 1904. En 1895, le nouveau roi, Zakarine, investi par la France, signe avec elle une convention de protectorat. Il meurt en 1904 ; son fils, Sisavang Vong, régnera jusqu'en 1959.

Le roi de Luang Prabang, seule monarchie qui a survécu à la tutelle siamoise, prend un certain ascendant sur le pays divisé ; mais il faudra attendre la convention de 1941 pour qu'il étende son autorité sur le pays, à l'exception du Champassak. En 1899, le gouverneur général de l'Indochine, Paul Doumer, unifie le pays sous l'administration d'un résident supérieur établi à Vientiane. Mais le pays restera le parent pauvre de l'Indochine française.

Après la défaite française de 1940, Bangkok tente de reprendre le contrôle de son ancien vassal. La guerre (1940-1941) ne tourne pas à son avantage mais la médiation japonaise, qui aboutit au traité de Tokyo du 9 mai 1941, force la France à rétrocéder les territoires situés à l'ouest du Mékong. Après le coup de force japonais du 9 mars 1945, Tokyo pousse Sisavang Vong à proclamer l'indépendance (8 avril). Le vice-roi, le prince Pethsarath, leader d'un mouvement d'indépendance nationale, le Lao Issara (Laos libre), réaffirme l'indépendance du royaume après la capitulation japonaise et annonce (septembre) l'unification du pays sous un « gouvernement libre et indépendant ». Le roi doit abdiquer en novembre. Le gouvernement, qui comprend un frère de Pethsarath, Souvanna Phouma, et son demi-frère, Souphanouvong, lié au Viêt-minh et ministre de la Défense, proclame l'État du Laos (Pathet Lao). Mais les troupes françaises reprennent Vientiane dès le 24 avril 1946, chassent les nationalistes et remettent le roi sur le trône.

Le Laos devient un État autonome (1946), érigé en monarchie constitutionnelle (1947), puis indépendant dans le cadre de l'Union française (convention du 19 juillet 1949). Une partie des nationalistes, avec Souvanna Phouma, s'est ralliée ; ce dernier devient Premier ministre après les élections de 1951. Les plus radicaux, conduits par Souphanouvong, Kaysone Phomvihane et Phoumi Vongvichit, poursuivent la lutte et forment un gouvernement provisoire de résistance après le Ier Congrès du Pathet Lao (août 1950). Ils obtiennent le soutien militaire du Viêt-minh (1951), dont les troupes entrent au Laos (1953). Les accords de Genève (21 juillet 1954) reconnaissent le contrôle du Pathet Lao sur les provinces de Phong Saly et de Sam Neua, en attendant son intégration dans un État neutre. Le Viêt-minh évacue le pays.

3. Une neutralité menacée

Dès la signature des accords de Genève, les États-Unis renforcent considérablement leur influence à Vientiane ; celle des militaires thaïlandais s'accroît également. Washington s'oppose à la réunification, prévue par les accords et développe son assistance.

En 1956, le Pathet Lao crée un Front patriotique (Neo Lao Hak Sat) et demande la formation d'un gouvernement de coalition. Celui-ci voit le jour en novembre 1957 sous la présidence de Souvanna Phouma et avec Souphanouvong comme ministre du Plan. Aux élections partielles de mai 1958, le Pathet Lao et ses alliés remportent 13 sièges sur 21. Un équilibre semble réalisé dans le royaume.

Les États-Unis, qui ont une importante mission militaire au Laos, soutiennent la formation de deux organisations liées aux militaires, le Rassemblement du peuple lao (RPL) et le Comité de défense des intérêts nationaux (CDIN), le premier dirigé par Kathay et Phoui Sananikone, le second par Phoumi Nosavan. Souvanna Phouma est contraint de démissionner (juillet 1958) ; Phoui le remplace à la tête d'un gouvernement faisant place au CDIN et excluant le Pathet Lao, dont les chefs sont placés en résidence surveillée. Des relations sont établies avec Saïgon et Taïwan, tandis que Vientiane et Hanoi s'accusent mutuellement de violations de frontière. En octobre 1959, le roi Sisavang Vong meurt et son fils Savang Vatthana le remplace. En décembre, Phoumi Nosavan, à la tête de l'armée, prend le pouvoir et mène une politique violemment anticommuniste ; Souphanouvong et ses partisans parviennent à s'évader (mai 1960).

Le 9 août 1960, les parachutistes du capitaine Kong Lê font un coup d'État neutraliste et remettent le pouvoir à Souvanna Phouma. Les États-Unis suspendent leur aide, la Thaïlande ferme la frontière, tandis que l'URSS met en place un pont aérien. La droite se réorganise dans le Sud et reprend le pouvoir en décembre. Souvanna Phouma s'enfuit à Phnom Penh, Boun Oum est nommé Premier ministre. La guerre reprend. La médiation des grandes puissances aboutit à l'ouverture de la conférence des Quatorze à Genève après l'instauration d'un cessez-le-feu (11 mai 1961) ; le 22 juin, les princes représentant les trois factions, Souvanna Phouma (neutraliste). Souphanouvong (Pathet Lao) et Boun Oum (droite), se mettent d'accord à Zurich pour former un gouvernement d'union nationale, qui sera mis en place en juin 1962, avec à sa tête Souvanna Phouma. Les seconds accords de Genève sont signés le 23 juillet 1962 ; l'indépendance, l'intégrité et la neutralité du royaume sont reconnues.

4. Le Laos dans la guerre du Viêt Nam

Les tensions persistent, les services spéciaux américains continuent de soutenir les maquis anticommunistes. Le 19 avril 1964, un putsch de droite renverse le gouvernement ; Souvanna Phouma cède à la pression des militaires et reste au gouvernement. Le neutralisme laotien a vécu. La guerre s'intensifie. En mai, les Américains entreprennent leurs premiers vols de bombardement des zones Pathet Lao, alors que se développe l'escalade au Viêt Nam.

En janvier 1965, l'aviation américaine bombarde massivement la plaine des Jarres, que se disputent les deux camps. Le Pathet Lao obtient l'appui de Hanoi, qui a besoin du territoire laotien pour acheminer hommes et matériel vers le sud (piste Hô Chi Minh). Le Laos devient un appendice de la guerre qui ravage le Viêt Nam (→ guerre du Viêt Nam). Le nombre des réfugiés passera de 300 000 en 1968 à 700 000 en 1970, pour une population de 3 millions. Les États-Unis équipent une armée royale peu efficace, mais dont les effectifs atteindront 100 000 hommes, auxquels s'adjoindront des « conseillers » américains, une quinzaine de milliers de soldats de l'« armée secrète » tribale formée par la CIA sous le « général » Vang Pao et autant de mercenaires thaïlandais. En face, les quelque 30 000 Pathet Lao peuvent compter sur environ 40 000 Nord-Vietnamiens.

Sur le plan politique, Phoumi Nosavan, dont la tentative de putsch d'extrême droite a échoué (février 1965), s'exile en Thaïlande. Les élections de juillet sont boycottées par la gauche. Souvanna Phouma forme le nouveau gouvernement, où quatre postes sont symboliquement laissés vacants pour le Pathet Lao. Mais, en même temps, il laisse la droite faire la guerre. En octobre, le Pathet Lao organise une conférence consultative politique du peuple laotien ; celle-ci crée un Front uni et une Armée de libération du peuple laotien, qui relance l'offensive. L'armée royale reprend la plaine des Jarres avec l'aide de l'aviation américaine (1969) ; le Pathet Lao et les Nord-Vietnamiens contre-attaquent dans le Sud ; l'année suivante, ils réoccupent la plaine des Jarres. En 1970, ils franchissent la ligne de cessez-le-feu de 1962. À partir de 1972, les contacts reprennent entre les deux camps. Phoune Sipraseuth, du Neo Lao Hak Sat, se rend à Vientiane pour rencontrer le ministre de l'Intérieur, Pheng Phongsavan.

5. Une fragile union nationale

Dans la foulée des accords de Paris sur le Viêt Nam, les négociations entre représentants des deux camps aboutissent à la conclusion d'un accord de cessez-le-feu et de paix (21 février 1973). Cet accord prévoit la neutralisation de Vientiane et de Luang Prabang, la formation d'un gouvernement provisoire d'union nationale et d'un conseil consultatif politique, le retrait de toutes les forces étrangères, le licenciement des forces spéciales. Les relations devront être graduellement restaurées entre les deux zones, celle de Vientiane, qui borde le Mékong, et celle du Pathet Lao, qui recouvre les deux tiers du royaume. Les militaires américains et thaïlandais se retirent, mais ce ne sera pas le cas des Nord-Vietnamiens, en particulier de ceux qui gardent la piste Hô Chi Minh.

Après l'échec de la tentative de coup d'État de droite du général Thao Ma (20 août), les deux parties signent à Vientiane (14 septembre 1973) un protocole précisant les accords de février et prévoyant la formation d'un gouvernement d'union. Souphanouvong revient à Vientiane le 3 avril 1974 ; le 5, le roi signe le décret proclamant le gouvernement provisoire d'union nationale. Souvanna Phouma reste Premier ministre, assisté de deux vice-Premiers ministres, Phoumi Vongvichit (Pathet Lao) et Leuam Insisiengmay (droite) ; Souphanouvong préside le Conseil consultatif qui élabore un programme politique.

À partir d'avril 1975, avec la chute de Phnom Penh et de Saigon, des manifestations contre la droite et les Américains éclatent d'abord à Paksé, dans le Sud, puis à Vientiane (mai). Un exode des partisans de la droite et des soldats miaos (ou hmongs) du « général » Vang Pao se développe ; environ 30 000 personnes se réfugient en Thaïlande. Le même mois, Vientiane et Luang Prabang passent sous le contrôle de comités révolutionnaires.

6. La République populaire démocratique du Laos (1975-)

6.1. L'instauration du communisme

Le roi ayant été contraint d'abdiquer, la monarchie est abolie le 2 décembre 1975, et la République démocratique populaire du Laos, proclamée. Son président est le « prince rouge » Souphanouvong. Le secrétaire du parti populaire révolutionnaire lao (PPRL, créé en 1955), Kaysone Phomvihane, forme le nouveau gouvernement avec Souvanna Phouma comme conseiller. Les communistes sont désormais aux commandes de l'État, et des dizaines de milliers de Laotiens préfèrent se réfugier en Thaïlande.

Le nouveau régime envoie en « camp de rééducation » tous ceux qu'il soupçonne de s'être compromis avec les Américains, dont les Hmongs notamment, et prend le contrôle de l'ensemble de l'Administration, depuis l'appareil d'État jusqu'aux plus petits villages. La situation est cependant difficile pour le nouveau pouvoir, privé de l'aide américaine et victime d'un véritable blocus frontalier du côté thaïlandais, alors que les maquis hmongs font, en outre, régner l'insécurité ; environ 300 000 Hmongs trouvent refuge en Thaïlande.

En mai 1976, le Laos signe avec l'URSS des accords économiques, et obtient l'aide dont il a grand besoin. En juillet 1977, il signe avec le Viêt Nam un traité d'amitié et de coopération qui autorise ce dernier à être présent militairement au Laos. Dans ce qui va devenir le conflit cambodgien, le Laos s'aligne sur le Viêt Nam au nom de la « solidarité indochinoise », quitte à s'aliéner la protection de la Chine après l'intervention vietnamienne au Cambodge en 1979.

6.2. De la collectivisation aux premières réformes économiques (1976-1989)

Dès 1976, le gouvernement avait lancé, grâce à la création de coopératives, une politique de collectivisation du commerce puis de l'agriculture. Trop hâtive et coercitive, celle-ci tourne rapidement à l'échec et ne fait que renforcer le flot de réfugiés vers la Thaïlande. Dès 1979, le gouvernement corrige le tir, en rétablissant partiellement l'économie de marché et en choisissant la détente politique : libération de plus de 10 000 prisonniers, priorité faite, pour le recrutement des hauts fonctionnaires, à la compétence plutôt qu'à l'appartenance politique. Cependant, les campagnes de séminaires politiques se poursuivent. Le Ier congrès du PPRL, en novembre 1986, confirme et renforce cette évolution, qui donne de bons résultats. La même année, Phoumi Vongvichit succède au prince Souphanouvong, affaibli par la maladie, à la tête de l'État, et Kaysone Phomvihane conserve la direction du gouvernement et du Parti, où l'influence de l'armée se renforce. Après ce changement de président, le « Nouveau mécanisme économique » continue de démanteler l'économie socialiste sous la pression et avec l'appui du Fonds monétaire international (FMI) et de la → Banque mondiale avec lesquels est signé en 1989 le premier accord d'assistance contre un programme d'ajustement structurel : décentralisation, lutte contre l'inefficacité des entreprises d'État (dont beaucoup sont privatisées au début des années 1990), première loi sur les investissements étrangers (avril 1989), libre circulation des marchandises et des personnes, liberté des prix, etc.

6.3. Le maintien de l'État-parti

Des élections parlementaires sont organisées en 1989, et, en 1991, l'Assemblée nationale adopte une Constitution conservant au PPRL un rôle absolu et donnant de larges pouvoirs au président, poste auquel est élu Kaysone Phomvihane. À sa mort, en novembre 1992, Nouhak Phoumsavane lui succède, tandis que le général Khamtay Siphandone, déjà Premier ministre, prend la direction du PPRL. La politique laotienne ne connaît pas d'inflexion majeure, la priorité demeurant au développement économique comme l'illustre une nouvelle loi sur les investissements étrangers en 1994 ainsi que la loi bancaire de 1990 modifiée et remplacée en octobre 1995.

Cependant, les événements d'Europe de l'Est à partir de 1989 et l'implosion de l'URSS en 1991 suscitent un regain de conservatisme politique qui arrête les réformes laotiennes au seuil du multipartisme.

Dès la fin des années 1980, le Laos avait amélioré ses relations avec la Chine, les États-Unis et, surtout, la Thaïlande, à laquelle des conflits frontaliers l'ont opposé en 1984 et en 1988 mais qui demeure le principal partenaire commercial du pays. Les réfugiés ont depuis été rapatriés. Des accords de commerce (1988) puis de coopération en matière de défense (1993) sont signés avec la Chine, les échanges commerciaux avec le Yunnan se développent et les relations avec le Viêt Nam se distendent quelque peu. Depuis 1991, le Laos développe ses relations avec le Japon et l'Occident, dont il a besoin pour remplacer l'aide de la défunte URSS. Il se rapproche enfin de la Malaisie et de la Birmanie, et il est admis au sein de l'ASEAN en juillet 1997.

En décembre 1997, les élections et l'accession de Khamtay Siphandone à la présidence de la République et général Sisavath Keobounphanh à la tête du gouvernement montrent que la continuité l'emporte sur le changement. Le pays reste confronté aux mêmes difficultés : les rebelles hmongs demeurent actifs, et les problèmes sociaux (aggravation des inégalités entre les communautés et les régions, détérioration de l'environnement, augmentation de la criminalité, etc.) fragilisent la croissance amorcée depuis 1986, que la crise asiatique déclenchée en 1997 frappe durement (chute du kip, montée de l'inflation, baisse du tourisme).

Le 26 octobre 1999 se produit un fait inédit : des étudiants et des fonctionnaires manifestent dans les rues de Vientiane pour réclamer la démocratie et la liberté des prisonniers politiques. Le régime réagit par des arrestations. Le mouvement du 26 octobre continue à avoir des échos à l'étranger. Les quelque 250 000 Miaos réfugiés aux États Unis contestent le régime militaire laotien ; en France, où la famille royale est exilée, le Mouvement Lao pour les droits de l'homme est très actif.

Début 2000, le PPRL célèbre le 25e anniversaire du régime. En mars se produisent des attentats à la bombe et, en juillet, une attaque armée contre le poste frontière de Pakse, sans que l'on sache s'il faut y voir la poursuite du mouvement contestataire ou une lutte opposant factions pro-vietnamienne et pro-chinoise. En mars 2001, le VIIe Congrès du PPRL reconduit le vieillissant Khamtay Siphandone pour un troisième mandat. Un autre militaire, ex-ministre des Finances, Bougnang Vorachith, devient Premier ministre, confirmant l'emprise de l'armée sur le régime.

Les élections générales de février 2002 pour désigner 109 députés parlementaires enregistrent sans surprise le succès du PPRL : un seul candidat n'est pas du parti. À la stagnation politique répond celle de l'économie de plus en plus dépendante de l'aide internationale et de l'argent des expatriés. En 2003, plusieurs attentats à la bombe meurtriers, visant des autocars et effrayant les touristes, sont attribués aux rebelles hmongs. Deux journalistes européens enquêtant sur cette minorité sont arrêtés et condamnés à quinze ans de prison. Ils ne seront libérés qu'après de fortes pressions diplomatiques. Les États Unis déclarent être prêts à accueillir 15 000 Hmongs réfugiés en Thaïlande (environ 300 000 Hmongs ont fui en Thaïlande en 1975 pour avoir aidé les Américains pendant la guerre du Viêt Nam).

À l'occasion du VIIIe Congrès du PPRL, en mars 2006, Khamtay Siphandone (82 ans) abandonne ses fonctions. Son successeur est le général Choummaly Sayasone, septuagénaire, qui a commandé l'armée avant d'entrer au Bureau politique en 1981 et qui a promis de rester fidèle à l'esprit des fondateurs. L'entrée du ministre des Affaires étrangères qui parle chinois, Somsavat Langsavat, au Bureau politique (11 membres) illustre la normalisation des relations avec la Chine. Le 30 avril 2006 ont lieu des élections législatives anticipées : près des deux tiers des députés de l'Assemblée sont élus pour la première fois, tous membres du parti à l'exception de deux d'entre eux.

En avril 2011, le scénario se répète avec l’élection de la nouvelle assemblée nationale : 132 députés dont 45 issus de la précédente chambre et 128 membres du PPRL, sont élus tandis que le président C. Sayasone et le Premier ministre Thongsing Thammavong, nommé en décembre 2010, sont reconduits dans leurs fonctions.

En avril 2016, ces derniers laissent leur place respectivement au vice-président et ex-Premier ministre Bougnang Vorachith, porté à la tête du parti, et à Thongloun Sisoulith, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du gouvernement sortant. Témoignant de la continuité du régime, ce remaniement au sommet est aussi interprété par certains observateurs comme une volonté de réaffirmer la neutralité du pays sur la scène politique régionale et une plus grande latitude avec la Chine, dont la présence économique n’a cessé de croître depuis quelques années.

Alors que le Laos assure la présidence tournante de l’ASEAN pour 2016 sur fond de tensions persistantes en mer de Chine méridionale entre Pékin et plusieurs États de la région, dont le Viêt Nam, le nouveau gouvernement doit en effet éviter leur aggravation en ménageant notamment ces deux partenaires et étendre le rayon de ses échanges commerciaux afin de soutenir la forte croissance du pays.

6.4. L'ouverture diplomatique et économique

Si le Laos reste sous l'influence dominante du Viêt Nam, où sont formés ses cadres dirigeants et qui lui fournit des conseillers, dès la fin des années 1980, le pays diversifie ses partenariats politico-économiques, en Asie du Sud-Est tout d’abord et en direction en premier lieu de la Thaïlande, à laquelle des conflits frontaliers l'ont opposé en 1984 et en 1988. Il se rapproche également de la Malaisie (à partir surtout de 1990) et de la Birmanie (avec des visites mutuelles au plus haut niveau en 1992-1994) avant d’être admis en juillet 1997 au sein de l'ASEAN dont il accueille le Xe sommet en novembre 2004, alors que le pays s’ouvre encore davantage aux investissements étrangers la même année. Le Laos y réalise aujourd’hui plus de 80 % de ses échanges qui contribuent pour plus de la moitié à son PIB dont la croissance est l’une des plus fortes de la région (de 7 % à 8 % par an depuis 2004) en dépit de la crise financière internationale que le pays surmonte grâce à son relatif isolement.

La Thaïlande tient dans cette zone un rôle dominant en étant le premier fournisseur du Laos (plus de 50 % des importations) et, pendant plusieurs années, le débouché exclusif de son hydroélectricité et son principal marché, devant le Viêt Nam, pour ses produits miniers (cuivre) et son bois. C’est notamment pour éviter une trop forte dépendance à l’égard de son voisin thaïlandais que les relations avec la Chine – compromises, mais jamais rompues, par les rapports préférentiels avec le Viêt Nam –, sont intensifiées après avoir été normalisées en octobre 1989. En l’an 2000, Jiang Zemin effectue ainsi la première visite d’un président chinois au Laos qui l’assure de son soutien au principe d’une Chine unifiée (« un État, deux systèmes »). Intéressée par ses ressources minières et son bois, la Chine devient ainsi le premier investisseur étranger au Laos à partir de 2006, tandis que les échanges commerciaux entre les deux pays croissent à un rythme accéléré, le marché chinois surpassant le Viêt Nam en 2009 puis la Thaïlande en 2014, et les produits chinois tendant désormais à rivaliser avec les exportations thaïlandaises.

Parallèlement, après le rétablissement des relations diplomatiques pleines et entières en 1992, les rapports avec Washington s’améliorent également fortement – dans la lutte contre le trafic de stupéfiants notamment, lancée dès 1987, le Laos restant l’un des plus importants producteurs d’opium avec l’Afghanistan et la Birmanie – jusqu’à la normalisation des relations commerciales entre les deux pays en février 2005. Par ailleurs, en 2009, les États-Unis tentent de faire pression sur les gouvernements thaïlandais et laotien pour que soit réglée dans le respect des droits, la question du rapatriement des réfugiés hmongs qui n’ont pas trouvé refuge sur le sol américain et qui restent menacés dans leur pays d’origine.

Fort des résultats de cette diplomatie économique et de cette dérégulation partielle (qui ne s’est accompagnée cependant que de progrès plutôt lents en matière de développement humain à la différence du Viêt Nam), le Laos ouvre, dans le sillage de l’expansion rapide de son système bancaire, sa première bourse de valeurs (modeste) en janvier 2011 et accède à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en février 2013.

Pour en savoir plus, voir les articles Asie du Sud-Est, Indochine.