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Rome antique : l'Empire romain

(27 avant J.-C.-476 après J.-C.)

L'Empire d'Auguste à Trajan
L'Empire d'Auguste à Trajan

Dernière grande période de la longue histoire de la Rome antique, qui connut d'abord le régime de la royauté puis celui de la République.

Pour en savoir plus, voir également les articles Rome antique (jusqu'en 264 avant J.-C.), Rome antique (264-27 avant J.-C.).

1. Le régime impérial, ou principat

Prétendu restaurateur de la République après sa victoire sur Marc Antoine et Cléopâtre, Octave qui se fait décerner le titre d'Auguste par le sénat en 27 avant J.-C., est ce qu'on appelle un empereur, du latin imperator, général victorieux, celui qui détient l'imperium. Mais ce titre ne suffit pas à identifier le régime impérial, qu'il vaut mieux appeler principat, dans la mesure où l'empereur se dit plutôt le premier (princeps) des citoyens que leur souverain.

1.1. Les pouvoirs impériaux

L'empereur se définit par une titulature qui donne l'énumération de ses fonctions et de ses pouvoirs : imperator, avec pouvoirs proconsulaires sur les provinces, il détient aussi la « puissance tribunitienne » dans Rome (il n'y a plus de tribuns de la plèbe) et le grand pontificat (pouvoir religieux). Il s'octroie souvent le consulat. Il se dit Caesar et Augustus, et ces surnoms deviennent eux-mêmes des titres. Mais cet ensemble est disparate et laisse les historiens perplexes. On ne connaît pas très bien les formalités d'avènement : certains pouvoirs, d'origines diverses, ne sont pas acquis d'emblée. Une lacune, en outre : le mode de désignation des empereurs successifs. Le pouvoir résulte le plus souvent d'une acclamation par les soldats, complétée d'une confirmation par le sénat, ce qui n'exclut pas une certaine hérédité, même quand elle est créée par adoption.

1.2. Des empereurs aux types variés

Si le poids de l'hérédité se fait sentir chez certains des « douze Césars » (de César à Domitien) évoqués par Suétone (→ Vie des douze Césars), les empereurs sont surtout classés par l'historiographie antique en bons et en mauvais, en fonction de leur attitude repectivement favorable ou défavorable envers le sénat. Il y a des cas pathologiques (→  Caligula, Commode) et des parvenus grisés par le pouvoir (→  Vitellius). Il est aussi des personnages sans caractère (Julianus, de mars à juin 193), portés à un pouvoir éphémère par la garde prétorienne, qui attend d'eux une récompense. Les empereurs sont de plus en plus d'origine militaire et provinciale. Parviennent ainsi des séries d'empereurs espagnols (→  Trajan, Hadrien), syriens (les Sévères) ou illyriens (de Claude II à Dioclétien). Cela peut donner de curieux résultats : sous Élagabal (218-222), prêtre sémite d'un dieu-soleil oriental, un danseur est fait préfet du prétoire, un cocher préfet des vigiles, un coiffeur préfet de l'annone, et l'empire échappe tout juste à l'obligation d'adorer le dieu nouveau venu. Ainsi les empereurs se suivent et ne se ressemblent pas.

1.3. Les empereurs du Haut-Empire (27 avant J.-C.-192 après J.-C.)

Les Julio-Claudiens (27 avant J.-C.-68 après J.-C.)

Auguste (27 avant J.-C.-14 après J.-C.) mérite son titre de « père de la patrie ». Tibère (14-37) est décrit comme un dangereux misanthrope. Caligula (37-41) apparaît comme un despote de type oriental hanté par le souvenir d'Alexandre.

Claude (41-54) est un pédant, mais aussi l'auteur d'une législation très positive. Quant à Néron (54-68), il a droit à tous les commentaires et à toutes les réputations.

Les Flaviens (69-96)

Après la crise de l'année des quatre empereurs (68-69), Vespasien (69-79) rétablit l'ordre mais laisse l'impression d'un bourgeois provincial avaritieux. Titus (79-81) est tout à l'opposé du nouveau Néron qu'on avait redouté d'abord. Domitien (81-96) élabore le système défensif de l'Empire et annonce déjà le « dominat », nom que l'on donne aujourd'hui à l'absolutisme sacré, qui fait des progrès à mesure qu'avance l'Empire.

Les Antonins (96-192)

Après Nerva (96-98), Trajan (98-117) est un conquérant, un administrateur et un bâtisseur : il soumet la Dacie, sur la rive gauche du Danube, annexe l'Arabie Pétrée et crée les provinces d'Arménie et de Mésopotamie. Fin diplomate, il sait obtenir l'adhésion du sénat, désormais totalement rallié à la monarchie impériale ; il dote également Rome du plus important de ses forums.

Hadrien (117-138) est un voyageur et un dilettante, mais aussi un maître efficace. Le ralliement des élites grecques à l'administration de l'Empire devient manifeste sous son principat.

Hadrien adopte comme successeur un sénateur respecté, Antonin (138-161), qui mène la même politique et jouit d'une grande popularité en raison de sa bonne gestion des finances publiques et de son accord profond avec le sénat.

Marc Aurèle (161-180) est un empereur philosophe, Commode (180-192) un despote qui se prend pour Hercule.

1.4. Le culte impérial

Malgré leurs défauts d'humanité, les empereurs sont déifiés de leur vivant ou, plus sûrement encore, après leur mort, à moins que leur mémoire ne soit condamnée, leur nom martelé sur les monuments et leurs statues décapitées. Le culte impérial provient de traditions orientales et hellénistiques. Le culte de Rome et d'Auguste se célèbre dans le cadre des provinces, où il se présente comme une manifestation de loyalisme, et les assemblées des notables de province sont à la fois religieuses et politiques. À la fin du iie s., les dédicaces relatives au culte impérial n'émanent plus de particuliers, mais seulement de magistrats ou de collectivités, ce qui dénote une relative désaffection. En revanche, le cérémonial de la Cour se précise et s'imprègne de religiosité : tout ce qui touche à l'empereur devient sacré ; lui-même est adoré par des sujets prosternés. Mais ce sont là des manifestations d'orientalisation d'époque tardive (iiie siècle surtout) qui expriment le passage du principat au dominat.

1.5. Les cadres politiques

Les cadres politiques de l'Empire ne sont plus ceux de la République. L'empereur observe souvent de la déférence ou une apparence de déférence, à l'égard du sénat, laisse le sénat désigner les magistrats qu'il a proposés, mais désigne des consuls en surnombre pour distinguer des fidèles. Parmi les sénateurs, constitués en ordre héréditaire, l'empereur choisit des curateurs, à qui sont confiées de hautes fonctions. Dans l'ordre équestre, où l'on entre sur acceptation impériale, se recrutent des procurateurs, autres hauts fonctionnaires qui dirigent nombre de services tant urbains que provinciaux, car une hiérarchie paperassière se développe. Le préfet du prétoire, chef de la garde prétorienne, est un personnage de premier plan, chargé, entres autres tâches, du ravitaillement de l'armée. L'administration des domaines impériaux, devenus immenses grâce aux confiscations répétées, est aux mains de toute une hiérarchie. Elle comprend les mines, qui étaient souvent propriétés privées sous la République.

2. La paix romaine

2.1. Des frontières sécurisées

L'armée est une armée de métier, recrutée un peu partout dans l'Empire. Mais les soldats vont souvent opérer loin de leur pays d'origine. Les opérations de conquête se poursuivent (Bretagne, Dacie). Au iie siècle, la politique défensive, déjà sagement amorcée sur certaines frontières, tend à se généraliser. L'Empire s'entoure de retranchements au nom significatif de limes, frontière. Le limes n'est pas une ligne de défense impénétrable, et des échanges économiques ont lieu avec les pays barbares, surtout après la conquête de la Dacie sous Trajan, qui étend les possibilités du commerce.

Le danger du voisinage se fait pourtant sentir : les Barbares du Nord et de l'Est, qui suivent les voies commerciales, sont souvent en mouvement. Sous Néron, Sarmates et Roxolans bougent déjà aux abords du Danube. Sous Marc Aurèle, leur menace devient sérieuse. Mais la population de l'Empire n'est pas encore concernée. Elle jouit de cette paix tant vantée, des communications intérieures sûres, voies rapides ou mer sans pirates.

2.2. Diversité du monde romain

Les provinces, gouvernées les unes par les délégués de l'empereur, les autres par ceux du sénat, bénéficient de régimes divers. Les cités ont des statuts non moins variés. Chaque cité possède sa physionomie propre. Le monde romain est le cadre d'un vaste brassage de population. Les Italiens sont partis pour l'Orient et l'Occident. Les esclaves orientaux se sont enracinés à Rome. Affranchis, ils sont montés dans la hiérarchie sociale. L'attribution du droit de cité à tout l'Empire, en 212, par l'édit de Caracalla, sanctionne le résultat de ce chassé-croisé. Mais tous se sentent, en définitive, animés d'un patriotisme romain destiné à survivre longtemps.

L'Orient

L'Égypte, considérée comme patrimoine impérial, et dont le pittoresque suscite une vague d'égyptomanie esthétique et religieuse, est un grenier à blé qui jouxte ce foyer intellectuel, cosmopolite et turbulent que demeure Alexandrie. La Grèce propre est un désert, mais Athènes est un musée et une université. L'Asie Mineure prospère sous l'autorité d'une très riche bourgeoisie hellénisée. La Syrie bénéficie des échanges caravaniers actifs avec un Orient lointain. Tous ces pays de l'Orient romain ont adopté les institutions de Rome sans perdre l'usage de la langue grecque et de maintes traditions hellénistiques. La vie intellectuelle y est active. Seuls songent à se révolter les Juifs, qui se heurtent longtemps à l'incompréhension des empereurs.

Aux ier, et encore plus aux iie et iiie siècles, la place de l'Orient dans l'Empire est devenue singulièrement importante. C'est de l'Orient lointain que des caravanes apportent des produits exotiques. C'est sur les rives de l'Euphrate que les légionnaires vont monter la garde face aux Parthes, puis aux Sassanides. C'est de Syrie que viennent les marchands, dont les colonies sont établies dans chaque port de l'Empire. C'est d'Orient enfin que viennent les nouveautés en matière religieuse.

L'Occident

L'Occident s'est très vite romanisé, à l'exception des campagnes, où certains continuent à parler punique ou gaulois. L'Espagne est fortement colonisée. Elle donne à Rome plusieurs empereurs et des écrivains (Quintilien, Sénèque, Lucain, Martial). La Narbonnaise n'a rien à envier à l'Italie sous le rapport de la romanisation. La Gaule chevelue, à première vue plus sauvage, a été fortement pénétrée et mise en valeur. Elle voisine avec une Germanie romaine très active, du fait de la présence des légions, et dont les villes, issues des camps, ont une physionomie originale. La Sicile et l'Algérie sont des terres à blé, grandes pourvoyeuses de la capitale impériale. En Afrique romaine, de vastes domaines existaient là où il n'y a plus aujourd'hui qu'un désert. Partout, les élites participent pleinement à la civilisation et aux institutions de Rome. Dans des cités bien bâties, honorées de subventions impériales, les notables se disputent les fonctions publiques et dépensent avec vanité pour l'embellissement de leur patrie.

L'Italie et Rome

Au regard de ces provinces actives, l'Italie apparaît, dans sa plus grande partie, déserte ; elle est découpée en grands domaines d'élevage extensif, que possèdent les sénateurs, obligés de placer une partie de leur fortune en terres italiennes.

Rome est en quelque sorte le revers des provinces. Par la fiscalité, l'annone, elle se nourrit, en parasite, du produit du reste de l'Empire. Le ier siècle est celui de la « décadence » des moralistes classiques. La convergence des richesses prises au monde, d'une monarchie de parvenus et d'une populace désœuvrée fait de Rome le foyer d'un luxe délirant, d'une débauche légendaire et d'un parasitisme sordide. Les enrichis, fiers de leur réussite, mènent la vie caricaturée par Pétrone dans le Satiricon. Les pauvres ramassent les miettes, vont regarder mourir les condamnés, les gladiateurs et les fauves à l'amphithéâtre, consacrent une partie de leur temps à la relaxation que procurent les séjours dans les thermes publics ou privés. Ce tableau prête le flanc aux descriptions mal intentionnées des historiens des empereurs (Suétone) et a provoqué depuis lors maints commentaires sur le caractère primitif de ces comportements plaqués de luxe plus que de civilisation.

2.3. L'évolution religieuse

Paganisme ancestral et cultes orientaux

La religion traditionnelle n'est pas morte, mais elle est trop étroitement liée à l'État ; le culte est trop officiel, et le rituel trop archaïque et incompréhensible, même pour les Romains de l'Empire. Les classes cultivées ne lui accordent plus de crédit, tandis que les classes populaires se sont tournées vers d'autres dieux, dont le culte présente des aspects mystiques. C'est en particulier le cas des religions importées d'Orient, véhiculées par les marchands et les esclaves, adoptées par les marins, les soldats, favorisées par certains empereurs. Le culte d'Isis et de Sérapis se propage en colportant tout un folklore exotique venu d'Égypte. Le culte d'Attis est introduit officiellement sous Claude, pour se joindre à celui de Cybèle. Mithra, originaire d'Iran, tient une place étonnante dans les pays où sont casernés les soldats.

Évolution vers le syncrétisme

En outre, la variété des attitudes humaines se traduit par l'athéisme de quelques esprits forts, par les tendances panthéistes ou monothéistes de certains, par les superstitions indéfectibles de la masse. Les empereurs ont sévi occasionnellement contre les propagateurs des superstitions, expulsant les astrologues et les charlatans, comme le furent aussi les « philosophes », assimilés aux autres perturbateurs ou rivaux de la religion traditionnelle. La spéculation sur la nature des dieux passionne les platoniciens et les gnostiques du iie siècle. Les tendances syncrétiques qui paraissent épurer le panthéon gréco-romain et oriental s'accentuent au iiie siècle, et les préférences personnelles des empereurs font presque apparaître un dieu officiel suprême, qui pourrait être Jupiter ou le Soleil, ou la synthèse des deux : en pays grec, Zeus-Hélios-Sérapis est qualifié de dieu unique.

Originalité du judaïsme

Le judaïsme se situe en marge, bien que ses exégètes aient été contaminés par l'hellénisme et la philosophie platonicienne. Son caractère national a été estompé par le prosélytisme des Juifs auprès des païens, prosélytisme favorisé par leur dispersion même, leur diaspora, qui les a répandus dans les villes. Après la révolte de Judée (66-70), réprimée par Vespasien et Titus, et les révoltes juives de 115 et de 135, la dispersion s'accentue. L'attitude du pouvoir romain à l'égard des Juifs est complexe : respect de principe pour une religion nationale, sanctions à la suite des révoltes nationalistes. Les Juifs ont pu cependant édifier librement leurs synagogues, et leur omniprésence a ouvert la voie à l'expansion du christianisme.

Les débuts modestes du christianisme (ier-iie siècle)

Le christianisme apparaît d'abord en pointillé. On a énormément écrit sur ses manifestation à Rome et en Italie au ier siècle. Mais existe une grande différence entre la vision chrétienne de la question et l'optique des textes païens, qui se limitent à d'expéditives allusions à une nouvelle secte. C'est en Asie Mineure que les chrétiens se multiplient en premier lieu. À Rome, la persécution néronienne attire l'attention sur eux. Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie au temps de Trajan, se demande quelle attitude adopter à leur égard. Leur cas est embarrassant : ils refusent de considérer l'empereur comme un dieu, ce qui est très grave, mais on les tient, au demeurant, pour d'honnêtes gens. Dans la foule, les chrétiens ont des ennemis, qui les accusent d'adorer un dieu à tête d'âne, de se livrer à des orgies secrètes et autres calomnies, car ils sentent confusément la menace qu'ils font peser sur le paganisme ancestral. Juridiquement, leur position est mauvaise : le seul fait d'être chrétien est, en soi, une faute.

L'essor du christianisme (iie-iiie siècle)

L'attitude des empereurs est variable, tantôt tolérante, en dépit de la législation (ce qui explique que des lieux de réunion publiquement connus soient nombreux), tantôt persécutrice, comme la population elle-même, occasionnellement coupable de massacres (Lyon, 177). Au iiie siècle, le christianisme est florissant. Il est présent dans toutes les régions peuplées et civilisées de l'Empire. On bâtit des églises en nombre croissant. La théologie et l'apologétique bénéficient de la plume agile de Tertullien et de Clément d'Alexandrie. Et tout cela à la veille de persécutions nouvelles (Decius, 249 ; Dioclétien, 303), qui obligent les chrétiens à utiliser plus que jamais le refuge des catacombes. Le siècle est d'ailleurs celui de la crise, des troubles, de la terreur, et les chrétiens ne sont pas les seuls à en souffrir.

Pour en savoir plus, voir l'article christianisme.

3. Le Bas-Empire

3.1. La crise du iiie siècle

Une crise qui vient de loin

Le tableau séduisant de la paix romaine, d'un Empire prospère où un commerce actif ferait bénéficier les habitants des denrées de toutes les contrées se ternit très rapidement. Au ier siècle, l'Italie est malade de ses terres vides, de ses propriétaires endettés, de son prolétariat urbain. Pline l'Ancien annonce que le mal gagne les provinces. Elles aussi pâtissent des dévaluations, dont Néron est l'initiateur et qui ne font que commencer. Au iie siècle, l'industrie provinciale l'emporte : les vases de terre sigillée de Gaule s'expédient dans tout le monde antique. Mais la production, dans son ensemble, stagne. Les dépenses de l'État augmentent : l'administration, la défense des frontières, où les barbares se font plus nombreux et offensifs, rendent la fiscalité plus oppressive. L'économie est en crise. Le manque d'hommes se fait sentir là où ils seraient nécessaires.

Les manifestations de la crise

Au iiie siècle, la crise éclate : c'est l'anarchie, la révolte, la fuite généralisée. Cela résulte d'un concours de faits que les historiens modernes, donnant d'ailleurs de plus en plus d'importance à l'économie, ont du mal à hiérarchiser : le déséquilibre de l'Empire entre ses provinces besogneuses et sa capitale parasite ; l'écart excessif entre la richesse de quelques-uns et le dénuement de la masse ; la fainéantise de beaucoup, qui vivent de quasi-mendicité ; la pénurie de soldats et de laboureurs ; le vide des campagnes et le rétrécissement des villes dépeuplées, qui s'enserrent dans d'étroits remparts ; la dépopulation, qui explique en partie la situation ; les invasions barbares, qui deviennent de plus en plus fréquentes et dévastatrices et prennent parfois la forme de raids à longue distance, Rome devant combattre à la fois Perses et Germains et se résigner à abandonner certains territoires, surtout les derniers acquis (Bretagne, Dacie, Mésopotamie) ; la crise d'autorité, enfin, qui se manifeste à partir de 193.

Les aléas du régime impérial

Le iiie siècle est le siècle des armées, des coups d'État militaires, des empereurs issus des camps pour un règne éphémère et qui se combattent les uns les autres.

L'époque des Sévères (193-235) accélère l'évolution du principat vers le dominat. Ces empereurs d'origine libyenne et syrienne établissent un régime autoritaire, dans lequel une théorie classique a vu la revanche des masses paysannes opprimées sur la bourgeoisie urbaine et les grands propriétaires. Le pouvoir impérial affiche un caractère de plus en plus militaire.

Après 235, l'anarchie politique s'installe. La multiplication des empereurs rivaux fait donner à une série d'entre eux le nom de « trente tyrans ». En Gaule, un empire indépendant, fondé par Postumus en 258, se maintient même pendant quelques années et s'étend sur l'Espagne et la Bretagne. C'est Aurélien qui y met fin en 274.

Quand l'anarchie s'atténue, comme c'est le cas sous les Sévères et sous les premiers empereurs illyriens, après 268, toutes les décisions impériales semblent dictées par les nécessités de l'état de siège que subit le monde romain. Les problèmes d'argent entraînent un dirigisme accru. L'État s'arroge des monopoles, les métiers sont constitués en corporations, tandis que les bureaux se militarisent. Le sénat, quant à lui, est devenu le simple conseil municipal d'une capitale désertée par les empereurs.

Les mutations de la société

Dans son ensemble, l'Empire résiste bien, mais les provinces ont été localement ruinées par les fréquents passages des armées romaines comme barbares.

L'armée se sédentarise sous la forme de soldats-paysans, prêts à la moindre alerte. Elle joue aussi un rôle accru de police contre le brigandage, participe à la construction des remparts des villes et finit par se charger de la collecte des impôts et d'une partie de la justice. La population subit ce régime. Les riches sont victimes de confiscations et de réquisitions. S'ils sont des notables dans leur cité (décurions), ils sont responsables de l'impôt et paient pour les autres. Leur condition, de plus en plus ingrate est rendue héréditaire. Le commerce est bloqué : au mont Testaccio, où s'entassent les restes d'amphores du port de Rome, aucune ne porte de date postérieure à 255. En 252 enfin, la peste s'est mise de la partie. Après avoir payé tribut aux Barbares, Rome se résigne à les accueillir : à partir de 276, l'empereur Probus établit des colons goths et vandales en Pannonie. Ce n'est qu'un début.

3.2. La restauration du ive siècle

La tétrarchie

En 286, deux empereurs, Dioclétien en Orient et Maximien en Occident, gouvernent le monde romain. En 287, ils prennent respectivement les titres de Jovius et d'Herculius. En 293, pour faire face à l'extension géographique et économique de l'Empire, un système original de partage quadripartite du pouvoir se met en place, la tétrarchie. Maximien prend pour césar l'ancien préfet du prétoire Constance Chlore, chargé de la Bretagne et de la Gaule. Peu après, Dioclétien fait de même avec Galère, qui devient responsable de la péninsule balkanique. La défense de l'Empire s'appuie donc sur les quatre résidences impériales de Trèves (Constance), Milan (Maximien), Sirmium (Galère) et Nicomédie (Dioclétien), tandis que Rome reste la capitale officielle, toujours désertée par les princes.

Un régime de plus en plus autoritaire

La paix règne sur toutes les frontières à partir de 298. Le nombre des légions passe de 39 à 60, mais leurs effectifs sont variables. L'administration impériale est renforcée et les impôts (capitation et impôt foncier) sont augmentés. La bonne monnaie fait sa réapparition, mais elle est faite de billon, et non plus d'argent comme ce fut le cas sous le Haut-Empire. Une flambée des prix, combattue par un édit du maximum du prix des marchandises et des services applicable dans tout l'Empire (301), accompagne cette politique monétaire. Dioclétien s'attaque aussi aux croyances jugées dangereuses, d'abord au manichéisme, ensuite au christianisme (303-304), par quatre édits successifs qui font des milliers de victimes, surtout en Orient, en Italie et en Afrique.

En 305, Dioclétien et Maximien abdiquent, leurs Césars Constance Chlore et Galère les remplacent. Mais le système est déréglé dès 306 par la mort de Constance Chlore et la proclamation par ses troupes de son fils Constantin (306-337), qui prend le contrôle des Gaules, des Germanies, de l'Hispanie et de l'île de Bretagne.

La réorganisation constantinienne

Avec le règne de Constantin Ier, l'Empire subit une véritable mutation. Il s'empare de l'Italie en 313 et de tout l'Orient en 324. Les institutions autoritaires qui sont nées de la nécessité sont toujours en place. Mais la situation militaire et politique s'est clarifiée. Enfin, peu après les dernières persécutions, l'Empire devient chrétien, officieusement par la conversion de l'empereur, à une date indéterminée, officiellement par la proscription des sacrifices aux dieux païens, amorcée en 341, mais rendue définitive en 394 seulement.

Survient alors une embellie dans l'histoire du Bas-Empire. Les lettres reprennent quelque vigueur, les arts également, bien que marqués désormais au coin de la barbarie. L'Empire se partage en deux parties, avec la naissance d'une nouvelle capitale, Constantinople, nouveau nom de Byzance à partir de 330. La réaction païenne de l'empereur Julien (361-363) semble vouloir amorcer un retour aux mœurs anciennes, vite enrayé.

Persistance des anciens maux et déclin de l'Empire d'Occident

Mais les maux du iiie siècle subsistent au ive, et les Anciens, qui eux-mêmes en ont eu conscience et ne savaient trop qui accuser, ont eu des réactions de défense, souvent malheureuses, limitées, égoïstes : le corporatisme, le patronat, l'anachorèse (fuite dans le désert), la fortification des villes, les pactes avec les Barbares.

Après le règne de Théodose Ier le Grand (379-395), dernier à réunifier brièvement l'ensemble du monde romain en 394, rien n'empêche plus la rupture définitive entre deux empires, celui d'Orient et celui d'Occident, puis, en 476, la disparition politique du plus exposé d'entre eux aux barbares, l'Empire d'Occident.

Ce fait brutal n'empêche pas la persistance des traces matérielles ou culturelles de la romanité qu'on retrouve à travers l'Europe. Cette notion même de Romania, de « romanité », est l'expression posthume du patriotisme romain et de la nostalgie, chez les ex-Romains des royaumes barbares, de la splendeur et de l'ordre passés.

Quelques repères chronologiques de l'histoire de la Rome antique

QUELQUES REPÈRES CHRONOLOGIQUES DE L'HISTOIRE DE LA ROME ANTIQUE

(de 27 av. J.-C. à 476 apr. J.-C.)

27 avant J.-C.

Auguste accède au pouvoir

Julio-Claudiens

14

Mort d'Auguste

Julio-Claudiens

14-37

Tibère

Julio-Claudiens

37-41

Caligula

Julio-Claudiens

41-54

Claude

Julio-Claudiens

54-68

Néron

Julio-Claudiens

68-69

Galba

 

69

Othon

 

69

Vitellius

 

69-79

Vespasien

Flaviens

79-81

Titus

Flaviens

81-96

Domitien

Flaviens

96-98

Nerva

Antonins

98-117

Trajan

Antonins

117-138

Hadrien

Antonins

138-161

Antonin le Pieux

Antonins

161-180

Marc Aurèle

Antonins

180-192

Commode

Antonins

193-211

Septime Sévère

Sévères

211-217

Caracalla

Sévères

217-218

Usurpation de Macrin

Sévères

218-222

Élagabal

Sévères

222-235

Sévère Alexandre

Sévères

235

Reprise de l'anarchie

 

235-260

Grandes invasions de Barbares dans l'Empire

 

254-268

Les « trente tyrans »

 

268-270

Claude le Gothique, premier empereur illyrien

 

270-275

Aurélien

 

276-282

Probus

 

284-305

Dioclétien

 

306-337

Constantin Ier

 

360-363

Julien l'Apostat

 

364-375

Valentinien Ier en Occident

 

364-378

Valens en Orient

 

379-395

Théodose Ier le Grand

 

395

Partage définitif de l'Empire

 

476

Prise de Rome par Odoacre et fin de l'Empire en Occident