Dictionnaire de la Musique 2005Éd. 2005
O

orgue (suite)

La structure de l'orgue

L'ensemble des commandes accessibles à l'exécutant est réuni en un meuble (console), indépendant ou encastré dans le bâti de l'orgue. Ces commandes sont dirigées vers les organes de production sonore par des éléments de transmission mécanique, pneumatique ou électrique. Le vent destiné à faire sonner les tuyaux est produit par une soufflerie (à moteur électrique de nos jours, mais mécanique jadis, animée par un ou plusieurs souffleurs), puis mis en réserve et sous pression convenable dans des soufflets. Quant aux divers tuyaux, dont le nombre peut aller de quelques unités à plusieurs milliers, ils se trouvent placés sur différents sommiers dans lesquels arrivent l'air sous pression et les différentes commandes. Tuyaux et sommiers sont enfermés dans le buffet, qui joue un rôle à la fois décoratif, protecteur et acoustique.

La console

Elle met à la disposition de l'exécutant le ou les claviers (appelés grand orgue, positif, récit, écho et parfois encore solo, grand-chœur ou bombarde), ainsi que le pédalier. On y trouve aussi un certain nombre de registres, boutons ou tirettes étagés en gradins ou disposés verticalement de chaque côté des claviers, registres qui appellent en fonctionnement les divers jeux de l'instrument. D'autres commandes, mises en œuvre à la main ou au pied, régissent les accouplements et les tirasses, et les éventuelles combinaisons fixes ou ajustables. Ces combinaisons permettent, par l'intermédiaire de dispositifs mécaniques, pneumatiques, électriques et aujourd'hui électroniques, de programmer à volonté diverses registrations (ou mélanges de jeux) ; qu'elles soient préparées par le facteur d'orgues ou ajustables à volonté par l'organiste, elles seront introduites d'un seul coup, au cours de l'exécution, par simple pression sur un bouton ou une pédale. Ce dispositif évite à l'exécutant d'avoir à s'entourer, comme jadis, de tireurs de jeux installés à ses côtés, dont le rôle était de modifier au moment opportun les sonorités requises par le morceau interprété. Les pieds de l'exécutant peuvent encore commander, depuis la console, l'ouverture ou la fermeture des jalousies de la boîte expressive (pédale d'« expression »), et éventuellement un crescendo progressif, faisant intervenir tous les jeux du plénum dans un ordre croissant d'intensité.

   L'emplacement longtemps considéré comme le plus logique pour la console a été celui dit « en fenêtre », les organes de commande étant encastrés dans le soubassement du buffet, ce qui réduisait de ce fait la longueur des organes de transmission, génératrice de retards, de dureté de manœuvre et d'incidents. Mais à partir du XIXe siècle, on a généralement préféré construire des consoles séparées, placées en avant du buffet et permettant à l'organiste de diriger ses regards vers le lieu du culte dans lequel il a à intervenir. Grâce à la transmission électrique, on peut réaliser aujourd'hui des consoles mobiles, reliées au buffet par un gros câble contenant tous les fils de commande électrique (plusieurs centaines). Cette disposition se révèle particulièrement appréciable dans les salles de spectacle, puisqu'elle permet à l'organiste d'intervenir aussi bien sur la scène, depuis la coulisse ou dans la fosse d'orchestre.

La transmission des commandes des touches des claviers et du pédalier

Elle peut se faire par système mécanique, pneumatique ou électrique, avec possibilité de mêler ces procédés entre eux (par exemple, transmission mécanique des touches et électrique des registres). Mécanique, elle fait appel à des vergettes qui prolongent l'action de l'enfoncement de la touche au sommier ; ce mouvement est relayé par des équerres et un dispositif démultiplicateur appelé abrégé. Dans la transmission pneumatique (dite aussi « tubulaire »), les pièces mécaniques sont remplacées par de petites conduites d'air comprimé ; mais ce type de commande met un certain temps à entrer en action (celui du déplacement de l'air dans les tubes), et les retards parfois très gênants occasionnés ainsi à l'exécution ont conduit à abandonner ce procédé qui, par ailleurs, était beaucoup plus sujet à incidents et pannes que la transmission mécanique. Quant à la transmission électrique, parfaitement au point de nos jours, elle permet de réaliser des consoles mobiles ou éloignées du buffet, et simplifie les commandes dans les très grands instruments. Elle consiste à placer des contacts électriques à toutes les commandes de la console (notes, registres, appels d'accouplements, de tirasses et de combinaisons) ; des câbles véhiculent instantanément le courant jusqu'aux sommiers, où il actionne des électroaimants. On a, un temps, imaginé une combinaison de la transmission pneumatique avec des sommiers à électroaimants ; mais cette transmission « électropneumatique » a cédé le pas devant les possibilités du système électrique. Il faut cependant souligner que, malgré ses incontestables avantages, la transmission électrique présente le lourd inconvénient de dépersonnaliser le toucher du clavier, l'attaque et la pression des doigts de l'organiste sur les touches demeurant sans effet correspondant sur le mode d'ouverture de la soupape.

   Pour alléger la transmission mécanique dans les grands instruments (et en particulier dans ceux dont la mécanique avait été mal réglée ou peu entretenue, voire mal conçue), l'organier Barker a imaginé, en 1839, une machinerie de leviers pneumatiques qui prennent le relais de la commande manuelle et constituent en quelque sorte des amplificateurs de puissance à la traction mécanique. Ainsi, l'organiste éprouve moins de difficultés à enfoncer les touches, surtout lorsque les claviers sont accouplés entre eux et qu'il y a une mécanique importante à faire mouvoir. Mais la machine Barker entraîne les mêmes inconvénients sur le toucher que la transmission électrique.

La soufflerie

Elle est assurée par un ventilateur électrique, qui envoie de l'air dans de grands réservoirs à soufflets recouverts de poids. Leur but est de régulariser le débit d'air et de mettre cet air à pression convenable. Il peut alors être dirigé sans à-coups vers les sommiers par l'intermédiaire de tubes porte-vent.

Les tuyaux de l'orgue

Ils peuvent être de deux types, à bouche ou à anche, selon le mode d'émission du son. À bouche, ils composent les jeux de fond ou les jeux de mutation et de mixtures. Ces tuyaux sont rangés par séries, correspondant aux jeux, sur les sommiers. Certains d'entre eux, trop volumineux, sont placés à l'écart, et des tubes porte-vent les alimentent individuellement depuis leur emplacement théorique sur le sommier : ont dit qu'ils sont « postés ». Il en va de même pour les tuyaux placés en façade du buffet, ou en montre, qui ne reposent pas directement sur le sommier, mais sont également postés. Quoique le matériau dans lequel sont fabriqués les tuyaux n'ait pas d'influence sur le timbre du son produit, il peut favoriser la réalisation du sifflet proprement dit qui engendre le son (bouche et biseau), et donc jouer sur l'attaque du son. Les organiers ont de tout temps choisi l'étain, mêlé à un taux variable de plomb, pour réaliser les tuyaux : cet alliage présente en effet la double propriété d'être très malléable pour être travaillé avec précision, et suffisamment solide pour que les plus grands de ces tuyaux ne se tassent pas sous leur propre poids. On construit également des tuyaux en bois, de section carrée, surtout pour les jeux de bourdon. La hauteur du son émis par les tuyaux est fonction de leur partie active, de la bouche à l'extrémité supérieure ; et c'est la forme et la section des tuyaux qui sont responsables du timbre du son.

Les sommiers

Ils assurent la répartition du vent dans les tuyaux que l'organiste veut faire sonner : la soupape correspondant à la note introduit l'air à la base de tous les tuyaux que cette note est susceptible de faire jouer sur le clavier considéré ; mais seuls seront entendus les tuyaux dont l'admission d'air n'est pas obturée par le registre, c'est-à-dire ceux pour lesquels l'organiste aura tiré le registre du ou des jeux qu'il souhaite faire entendre.