Portraits

Le miracle Devers

Les Américains raffolent de ces histoires exemplaires en forme de contes de fées. Avec Gail Devers, ils sont comblés. La femme la plus rapide du monde est une athlète miracle, sortie de l'enfer pour devenir championne. Dans la vie de Gail Devers, il y a l'avant et l'après 1988. Aux JO de Séoul, cette jeune sprinteuse, âgée de 22 ans, est éliminée sans gloire des demi-finales du 100 m.

De retour à Seattle, elle souffre de violents maux de tête. Les médecins qu'elle consulte sont perplexes. Gail perd du poids (de 61 à 43 kg), ses cheveux et l'usage d'un œil. Ses trous de mémoire sont de plus en plus fréquents. On diagnostique finalement un dérèglement thyroïdien nommé maladie de Graves. Elle entreprend alors des séances de radiothérapie. Le résultat est désastreux : sa thyroïde est brûlée, sa peau part en lambeaux, et ses pieds se déforment jusqu'à l'obliger un jour à ramper jusqu'à sa salle de bains ! Elle échappe de peu à l'amputation du pied gauche. Pourtant, pendant ces longs mois de douleur, mue par une formidable volonté, Devers poursuit comme elle peut son entraînement avec acharnement. La résurrection par le travail ! Il y a là de quoi séduire l'esprit de ses compatriotes.

La seconde vie de Gail Devers débute en mars 91, époque où elle foule à nouveau les pistes en Tartan. Deux mois plus tard, elle gagne sa place dans la sélection américaine pour le Mondial de Tokyo. Elle y obtient une incroyable médaille d'argent sur 100 m haies. Aux Jeux de Barcelone en 92, Devers devient championne olympique du 100 m. Elle manque d'un rien le titre sur 100 m haies. Largement en tête sur le dernier obstacle, elle trébuche, s'effondre sur la ligne, prenant la 5e place d'une course qui lui semblait promise.

Interrogée à Barcelone sur sa « renaissance », Devers avait livré sa profession de foi : « Toute expérience, même négative, apporte quelque chose. C'est comme un message de Dieu. Cela a une signification, et on doit en tirer un enseignement pour s'améliorer. Pour moi, le message est clair, on peut toujours s'en sortir. »

Au Mondial de Stuttgart, cette saison, Devers a réussi un exploit unique dans les annales de l'athlétisme : un double succès sur 100 m (devant la grande favorite Merlene Ottey) et sur 100 m haies. Une performance exceptionnelle à la mesure d'une vie qui ne l'est pas moins.

Le sourire de Gatien

On avait conservé de Jean-Philippe Gatien une image de chien battu, triste, presque désemparé. Sur le podium des Jeux de Barcelone, sa médaille d'argent (la meilleure place jamais obtenue par un Français) ne lui semblait être qu'un fardeau lourd de regrets et d'amertume. Cette première consécration internationale n'avait pas comblé, loin de là, le jeune gaucher. Interrogé trois mois après sa finale olympique perdue contre le Suédois Waldner, Gatien était revenu sur sa désillusion barcelonaise en ces termes : « Sur le podium des Jeux, ma déception était immense, c'est vrai. Mais c'est promis, dans quatre ans à Atlanta, je vous offrirai mon plus grand sourire ! » « Philou » n'a pas attendu quatre ans pour en faire don et apporter à la France un premier titre mondial individuel dans une discipline dominée depuis des décennies par les Asiatiques et les Suédois.

Gatien a de l'ambition. Il ne s'en cache pas. La carrière de ce Cévenol de 25 ans épouse une trajectoire ascensionnelle régulière. Champion de France en 1988, médaillé de bronze aux championnats d'Europe en 1990, il obtient la deuxième place de la Coupe du monde en 1991, avant de frôler l'exploit aux JO en 1992. L'homme est calme, mesuré en toutes circonstances, mais animé d'une très grande volonté que rien ne semble pouvoir troubler.

« Cela vient du fait que j'ai été livré à moi-même très tôt, explique-t-il. Quand tu te retrouves à 13 ans seul le soir dans ta chambre à l'INSEP (Institut national du sport et de l'éducation physique de Vincennes), avec ta famille à 800 km, cela te forge un caractère. Et une force intérieure considérable qui m'a beaucoup aidé. »